Le député européen Cristian PREDA, chef de la mission d'observation électorale de l'UE, lors de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire d'octobre-novembre 2010 © EU
Modèle de prospérité économique durant les premières décennies de son indépendance, la Côte d'Ivoire est néanmoins l'un des derniers pays africains à s'être engagé sur la voie de la démocratie. De 1960 à 1990, le pays a vécu sous un régime de parti unique. Le président Houphouët-Boigny et son Parti démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI) a remporté, sans opposition, six élections présidentielles et six élections législatives. Ces scrutins n'avaient aucun enjeu et même les résidents étrangers (environ 25 % de la population) étaient autorisés à voter.
Les premières élections multipartites de 1990, 1995 et 2000/2001 ont été caractérisées par des manipulations, un faible taux de participation, l'exclusion des principaux candidats de l'opposition (Ouattara en 1995, Ouattara et Bedié en 2000) et des boycotts (Rassemblement des Républicains, RDR, et Front populaire ivoirien, FPI, en 1995; RDR et PDCI en 2000; RDR en 2001). Au moment d'établir un système multipartite, il a également fallu déterminer qui allait être autorisé à voter et qui pouvait être considéré comme ressortissant. Les débats politiques ont ainsi commencé à se teinter de xénophobie et de tribalisme, jusqu'à ce qu'une rébellion armée en 2002 conduise à la partition du pays. Plus aucune élection n'a ensuite été organisée pendant plus de dix ans. Divers accords ont été conclus par les principales parties prenantes, la tenue d'élections étant considérée comme le seul moyen de sortir de la crise. Par mesure de prudence, il a été demandé aux Nations unies de superviser ces élections et de jouer le rôle d'arbitre en cas de divergences entre les candidats et les organismes nationaux. Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies a ainsi été chargé de certifier les élections.
Les élections présidentielles de novembre-décembre 2010 ont donc été les premières élections véritablement démocratiques de toute l'histoire du pays. Ces élections ont été marquées par un taux de participation extrêmement élevé lors des deux tours (83,7 % et 81,1 %) et ont été remportées par Alassane Ouattara, avec 54,1 % des suffrages. Refusant de reconnaître sa défaite, le président Gbagbo a toutefois convaincu le Conseil constitutionnel de modifier les résultats en sa faveur en annulant les votes dans plusieurs bastions pro-Ouattara. En dépit d'une forte pression internationale, Gbagbo n'a pu être évincé du pouvoir qu'à la suite d'un conflit armé au cours duquel il a été arrêté. Les élections présidentielles de 2010 ont marqué un tournant important dans l'histoire du pays, puisque c'était la première fois que les électeurs ivoiriens pouvaient choisir librement leur dirigeant. La crise qui a suivi ces élections a néanmoins prouvé que les candidats n'étaient pas tous prêts à jouer le jeu. Cette crise s'est accompagnée de violences, de meurtres et de souffrances.
L'UE a contribué de manière importante à ces élections:
La suite des événements dépendra de la capacité du nouveau gouvernement ivoirien à restaurer l'autorité de l'État. Il faudra pour cela réaliser des progrès considérables dans trois domaines clés qui sont essentiels pour assurer la réconciliation nationale:
Ces préoccupations sont également au centre de l'accord de Cotonou, qui lie la Côte d'Ivoire et l'UE et peut également contribuer à l'amélioration de la situation en favorisant le dialogue politique et la coopération.