Cybersécurité: un Internet ouvert, libre et sécurisé

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La conférence de Budapest sur le cyberespace a réuni des personnalités internationales sur le thème de la cybersécurité. Pour l'Union européenne, Catherine Ashton a expliqué la façon dont elle envisage d'assurer un Internet ouvert, libre et sécurisé.

«Je suis reconnaissante à nos hôtes hongrois d'avoir organisé cette conférence sur le cyberspace. Il est vraiment important que nous maintenions la dynamique de la réunion qui s'est tenue à Londres l'an dernier et que la cyberdiplomatie continue de progresser. Toutes les parties impliquées à Londres, les gouvernements, les entreprises privées et la société civile, partagent un objectif commun: la recherche d'un moyen de garantir une utilisation libre, sûre et sécurisée du cyberespace. Comme plusieurs orateurs l'ont déjà dit, cela n'a jamais été aussi pertinent qu'aujourd'hui.»

Internet représente déjà près de 8% du PIB de certains pays du G-20

«Nous avons parlé des possibilités sans précédent que le cyberespace ouvert et gratuit a apportées à toutes les sociétés. Au cours des cinq dernières années, plus de 20 pour cent de la croissance du PIB des principales économies de la planète est attribuable à Internet. Selon une étude réalisée par le Boston Consulting Group, Internet contribue déjà au PIB de certains des pays du G-20 à hauteur de 8 pour cent. S'il s'agissait d'une économie nationale, l'économie du web se hisserait déjà parmi les cinq premières à l'échelle mondiale, et son importance ne cesse de croître.

Les avantages d'Internet sont loin de se limiter à ses avantages économiques directs. Étant donné que je traite chaque jour des questions de politique étrangère et de sécurité les plus pressantes au monde, je suis particulièrement consciente du potentiel de la connectivité mondiale comme catalyseur de nombreuses avancées positives à l'échelle internationale, à l'instar de la réduction de la pauvreté, de l'éducation et bien sûr d'un accès accru à l'information. Il constitue l'un des plus puissants agents favorisant le changement, la croissance et l'emploi partout, mais son impact est particulièrement fort dans les pays en développement. Internet soutient les efforts d'apprentissage dans les villages reculés, fournit des informations pour les innovateurs et donne de l'autonomie aux femmes et aux filles dans les sociétés en développement.

Il est remarquable de penser que dans trois ans, le nombre d'internautes dans les pays en développement du G-20 sera trois fois supérieur à celui des internautes dans les pays développés du G-20. En 2005, leur proportion était de seulement un tiers!

Le pouvoir des médias sociaux pour influencer la transformation politique

«Nous avons tous vu la façon dont Internet a favorisé la réforme sociale et démocratique. Il a replacé le pouvoir entre les mains des populations. Il y a moins de deux ans, les médias sociaux nous ont ouvert les yeux sur la situation que nous appelons aujourd'hui le printemps arabe. Les jeunes étaient en mesure de nous faire parvenir des informations provenant du terrain grâce à Twitter, Facebook ou YouTube. Ce ne sont pas les médias sociaux qui ont renversé ces régimes. Ce sont les populations.

Mais l'accès à Internet et les technologies ont changé la manière et la vitesse à laquelle le changement est arrivé. Chaque jour, des centaines d'heures de clips vidéo provenant de Syrie sont téléchargées sur YouTube, dénonçant des violations des droits de l'homme pour qu'elles ne passent pas inaperçues, malgré les tentatives du régime d'isoler le pays. On recense 43 millions d'utilisateurs de Facebook dans le monde arabe, dont 15 millions de femmes, et avec 170 millions de tweets envoyés dans le monde arabe chaque mois, les personnes socialement marginalisées sont connectées.»

Les opportunités ne vont pas sans difficultés

«Mais nous sommes aussi conscients des difficultés qui accompagnent les opportunités. Dans nos sociétés, tous les services essentiels dépendent du cyberespace qui permet d'assurer le fonctionnement des transports, l'approvisionnement en eau et en électricité de nos foyers, la communication, la connectivité. Cette vulnérabilité de nos sociétés est vouée à attirer des forces destructrices. Dans le même temps, les régimes autoritaires utilisent Internet comme outil de répression, plutôt que pour favoriser l'innovation et le développement. Et nous avons été témoins ces dernières semaines de la façon dont des personnes irresponsables peuvent exploiter les possibilités d'Internet à des fins sectaires et extrémistes.

Nous devons donc prendre toutes les précautions nécessaires pour nous assurer qu'Internet ne devienne pas victime de son propre succès. Nous devons protéger le cyberespace contre les attaques et veiller à ce qu'il continue à fonctionner de manière fiable. Il nous faut intensifier les efforts mondiaux de lutte contre la cybercriminalité qui ébranle la confiance vis-à-vis des services en ligne et entrave ainsi nos économies. J'ai consulté une récente enquête Eurobaromètre et j'ai constaté que 29 % des citoyens de l'UE ne préfèrent pas utiliser Internet pour accéder à des services bancaires ou effectuer des achats. 12 % d'entre eux ont déclaré avoir déjà été victimes de fraude en ligne. Mais nous devons résister aux tentatives visant à invoquer les problèmes de sécurité pour supprimer Internet.»

Le principe de base du cyberespace libre et ouvert de la cyberdiplomatie européenne

«Nous pensons tous que la protection des droits fondamentaux est aussi importante dans le monde virtuel que dans le monde réel. En Europe, ce principe nous unit. La liberté d'expression, la liberté d'association et le droit d'accès à l'information doivent être respectés dans le cyberespace. L'Union européenne est déterminée à promouvoir et à défendre ses valeurs en ligne. Pour que chacun puisse profiter des avantages du cyberespace, il doit rester libre et ouvert. C'est un principe de base de la cyberdiplomatie de l'UE. Mais nous devons aussi reconnaître nos responsabilités à son égard.

Je tiens à souligner en particulier la nécessité de protéger nos enfants des personnes qui pourraient les menacer ou les maltraiter, un fait inacceptable dans tous les aspects de la vie, ainsi que dans le cyberespace.

Nous devons convenir des normes de comportement dans le cyberespace entre les pays. Des initiatives importantes ont déjà été lancées pour créer un climat de confiance entre les pays.

Il est nécessaire d'établir des voies de communication de crise et de renforcer le dialogue sur les questions de cybersécurité. Il convient d'améliorer la confiance, non seulement entre les États, mais aussi entre les secteurs public et privé.

Pour nous aider à promouvoir un comportement approprié, nous devons appliquer les lois internationales qui existent déjà pour le cyberespace, par exemple le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Si des conflits s'étendent au cyberespace, nous pouvons suivre les Conventions de Genève. Nous devons trouver des moyens d'appliquer aussi les principes de ces lois communément admises dans ce nouveau domaine, plutôt que de commencer à en rédiger de nouvelles.

Pour répondre à la cybercriminalité, j'encourage vivement tous les pays à respecter les principes de la Convention de Budapest. Il s'agit de l'instrument international le plus efficace à cet égard.

Pour relever les défis posés par les cybermenaces transnationales, nous devons également intensifier nos efforts afin d'accroître notre capacité mondiale en matière de cybersécurité. Pour y parvenir, de nouveaux programmes de renforcement des capacités et une meilleure coordination des initiatives existantes sont nécessaires.  
Je me réjouis vivement de la déclaration de William Hague aujourd'hui au sujet du Centre pour le renforcement des capacités mondiales en matière de cybersécurité. Dans le même esprit, l'Union européenne finance déjà des efforts internationaux de renforcement des capacités en matière de cybersécurité, tels que la formation des spécialistes chargés de l'application des lois.»

La stratégie de l'Union européenne en matière de cybersécurité

«Reconnaissant l'importance des questions liées au cyberespace, nous préparons aussi la stratégie de l'Union européenne en matière de cybersécurité. Lancé dans quelques mois, ce document regroupera différents domaines politiques de l'UE. Cette stratégie vise à harmoniser la volonté des pays de l'UE à faire face aux défis de sécurité dans le cyberespace.

Préserver les avantages du cyberespace est une responsabilité que nous partageons tous: le secteur privé, la société civile, les gouvernements, les organisations internationales et les citoyens. Il convient par conséquent de préserver et renforcer le modèle multipartite actuel de gouvernance d'Internet qui reconnaît l'importance de ces différents acteurs. Nous avons besoin du secteur privé, surtout pour l'initiative et l'innovation. Nous avons besoin de la société civile, nous avons besoin des éléments de base qui ont bâti une société mondiale d'Internet et la toile.

Internet tel que nous le connaissons, l'utilisons et en profitons est exposé à de nombreux défis. Certains affirment que les menaces qui pèsent sur un Internet ouvert n'ont jamais été aussi grandes qu'aujourd'hui.

La liberté et la créativité ont permis à Internet de prospérer, et Internet a à son tour énormément inspiré la créativité et aidé à promouvoir la liberté à l'échelle mondiale. Je dirais, Mesdames et Messieurs, que c'est une réussite unique. Cette conférence est un moment important pour collaborer en faveur d'un internet sûr, sécurisé et gratuit.»