Nouvelles mesures pour répondre à l'invasion russe de l'Ukraine: déclaration à la presse du haut représentant et vice-président, Josep Borrell
Bonjour à toutes et tous,
comme vous l'avez dit, c'est une véritable guerre qui a lieu aujourd'hui à nos frontières. La guerre frappe à nouveau aux frontières de l'Europe. Le président Poutine piétine la qualité d'État et l'identité d'une Ukraine souveraine et de son peuple.
Nous constatons des violations flagrantes du droit international et un nombre sans cesse croissant d'attaques contre des infrastructures civiles qui violent le droit humanitaire international. Poutine bombarde, lance des frappes de missiles et tue des innocents.
Mais les forces armées ukrainiennes se battent avec acharnement et opposent une résistance héroïque à cette invasion. C'est l'armée d'un peuple qui lutte contre son envahisseur.
La guerre de Poutine n'est pas seulement dirigée contre l'Ukraine. Nous devons comprendre à quel point la situation est grave pour les Européens et la sécurité mondiale: cet après-midi, Poutine a annoncé qu'il mettait en «haute alerte» les forces de dissuasion nucléaire russes.
Je viens de m'entretenir par visioconférence avec les ministres des affaires étrangères du G7, et nous avons été rejoints par le ministre [des affaires étrangères ukrainien Dmytro] Kuleba, qui nous a informés des derniers événements sur le terrain et des besoins urgents de l'Ukraine. Je lui ai dit clairement. Vous êtes venu la semaine dernière et vous avez demandé SWIFT et des armes. Aujourd'hui, nous donnons les deux. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir l'Ukraine, nous sommes aux côtés du peuple ukrainien en lui apportant une aide concrète.
D'ici une heure, je convoquerai le Conseil des affaires étrangères de l'UE pour la quatrième fois cette semaine pour une réunion extraordinaire par visioconférence.
Donnant suite à la demande formulée vendredi par le ministre ukrainien des affaires étrangères [Dmytro] Kuleba, je proposerai aujourd'hui de recourir à la facilité européenne pour la paix pour deux mesures d'aide d'urgence, consistant à financer la fourniture de matériel létal à l'armée ukrainienne, ainsi que du carburant, des équipements de protection et du matériel médical d'urgence dont elle a urgemment besoin.
Un autre tabou est tombé: celui qui voulait que l'Union européenne ne fournisse pas d'armes pendant une guerre. Oui, c'est ce que nous faisons. Parce que cette guerre exige un engagement de notre part pour soutenir l'armée ukrainienne.
Nous vivons une période sans précédent, comme lorsque la pandémie a déferlé. Nous sommes confrontés à la peste de la guerre, celle qui sévit depuis les temps les plus reculés. Pour la première fois dans l'histoire, l'UE fournira du matériel létal à un pays tiers.
J'ai également chargé mon équipe de l'état-major de l'UE de mettre en place un mécanisme de coordination des demandes de l'armée ukrainienne, de sorte que nous répondions de la manière la plus efficace avec les États membres aux besoins de l'armée que le ministre Kuleba a exposés aujourd'hui.
Aujourd'hui, nous donnerons l'approbation politique des 27 États membres de l'Union européenne à l'ensemble de mesures présenté par la présidente [de la Commission européenne Ursula] von der Leyen et ouvrirons ainsi la voie à l'adoption rapide de tous les actes juridiques requis.
Comme Madame la présidente vient de l'expliquer, nous allons discuter avec les ministres des affaires étrangères de l'annonce de sanctions économiques sévères: elles concernent SWIFT, la Banque centrale, mais également de nouvelles mesures contre les oligarques que je présenterai. Nous ciblerons l'élite du régime de Poutine, qui bénéficie financièrement du système. Nous renforcerons également nos mesures contre la Biélorussie, qui a facilité l'agression russe contre l'Ukraine.
Avec ces mesures, plus de la moitié des réserves de la Banque centrale russe seront bloquées.
De plus en plus d'États membres annoncent par ailleurs la fermeture de leur espace aérien aux compagnies aériennes et aux aéronefs russes. À cet égard, nous définirons une approche commune avec les ministres.
Venons-en enfin à la désinformation. Parce que Poutine ne veut pas seulement conquérir un territoire: il veut également conquérir les esprits au moyen de messages toxiques véhiculés par des mensonges. Le Kremlin et ses partisans mènent des campagnes massives de désinformation en Ukraine, dans notre voisinage et dans l'UE. Nous combattons ce phénomène depuis 2015 avec la task force East StratCom et la plateforme de «l'UE contre la désinformation», que je vous invite à consulter.
Aujourd'hui, nous prenons une mesure essentielle pour couper le robinet des manipulations russes de l'information en Europe, en interdisant à Russia Today et à Sputnik d'émettre dans l'Union. Nous tuons le serpent en lui coupant la tête. Nous continuerons à déployer des efforts résolus en Ukraine et dans notre voisinage pour lutter contre leurs tentatives de déformation de la réalité et leur volonté de semer la confusion et l'incertitude.
Permettez-moi, Madame la présidente, de conclure en soulignant que nous continuerons à nous coordonner avec le gouvernement ukrainien et les pays voisins et à tout mettre en œuvre pour offrir tout le soutien dont a besoin le peuple ukrainien et mettre fin à cette guerre insensée.