Remodeler la démocratie et l'espace public en Europe : Quelle place pour les jeunes journalistes et les nouveaux médias ?

Le 2 mai 2022, la Délégation de l'UE à Strasbourg a organisé une conférence thématique avec le Service Jeunesse du Conseil de l'Europe et EUNIC Strasbourg dans le cadre de l'Année européenne de la jeunesse et de la Journée mondiale de la liberté de la presse. L'événement, qui s'est tenu au Centre européen de la jeunesse de Strasbourg, a réuni de jeunes journalistes et des décideurs politiques dans un dialogue dynamique sur la place des médias, et notamment des jeunes journalistes et des formes émergentes de journalisme et de médias, dans les démocraties européennes d'aujourd'hui.

Copyright: Délégation de l'UE auprès du Conseil de l'Europe. Sur la photo (de gauche à droite): Ms Alice Lojić, Mr Matjaž Gruden, Ambassador Meglena Kuneva

La conférence visait à faire prendre conscience de la priorité commune de l'UE et du Conseil de l'Europe de promouvoir et de protéger la liberté de la presse, le libre accès à l'information et le rôle clé des médias dans le renforcement de la démocratie. Elle a également donné l'occasion aux jeunes journalistes d'exprimer leurs points de vue sur la manière de renforcer la présence et la participation des jeunes aux processus démocratiques et au débat public.

Le coup d'envoi de l'événement a été donné par la projection d'une courte vidéo d'animation explicative que nous avons produite, axée sur la coopération entre l'UE et le Conseil de l'Europe en matière de jeunesse et sur l'Année européenne de la jeunesse, présentée par l'ambassadrice Meglena Kuneva, chef de la délégation de l'UE auprès du Conseil de l'Europe.

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Le premier panel a présenté les perspectives des jeunes journalistes sur le rôle qu'ils devraient jouer dans la défense et le renforcement des sociétés démocratiques en Europe. Il a également examiné comment les normes européennes existantes peuvent être appliquées au mieux pour donner aux jeunes journalistes les moyens d'agir dans leur travail. M. Matjaž Gruden, directeur de la participation démocratique au Conseil de l'Europe, a souligné la nécessité de mieux représenter les jeunes et de continuer à soutenir le journalisme de qualité en tant que levier essentiel au fonctionnement de la démocratie.

Mme Alice Lojić, experte en médias à la Société autrichienne pour la politique européenne et coordinatrice de l'Europa Club Wien, a souligné que des problèmes tels que la précarité et l'incertitude des emplois dans le domaine des médias et la sous-représentation des journalistes issus de l'immigration devaient être traités efficacement. Moins de hiérarchie et plus de démocratisation dans le domaine sont également nécessaires. En outre, elle a souligné l'importance de la vérification des faits, et a mentionné comme exemple les attaques terroristes à Vienne en 2020 et la nécessité de disposer d'informations fiables lors des reportages.

Mme Maria Bajorek, jeune journaliste polonaise, qui mène son propre projet sur la lutte contre la désinformation, a mis en évidence des problèmes systémiques dans son pays concernant le respect de la liberté des médias et le dialogue entre le journalisme public et privé. Elle a également souligné que les jeunes doivent être activement engagés dans le processus, car les personnes plus âgées manquent souvent des connaissances nécessaires sur l'utilisation intensive des médias et des technologies de communication.

Le deuxième panel s'est concentré sur le pouvoir croissant des nouveaux médias dans l'élaboration du débat et de l'action publics. M. Jan Kleijssen, directeur de la société de l'information et de la lutte contre la criminalité au Conseil de l'Europe, a souligné qu'un large accès aux nouveaux médias n'équivaut pas à une exposition à une diversité de points de vue, car le plus souvent, les gens se voient présenter des informations qui confirment leurs propres préjugés. Dans le contexte actuel de la guerre en Ukraine, la désinformation est également particulièrement préoccupante. L'intelligence artificielle ne fait que renforcer cette tendance. Une IA non régulée peut conduire à un profilage excessif, par exemple en délivrant des messages politiques aux internautes lorsqu'ils sont le plus susceptibles d'y répondre positivement. L'absence de supervision humaine peut entraîner de graves conséquences, comme dans l'affaire des allocations de garde d'enfants aux Pays-Bas, qui a fait l'objet d'un rapport de la Commission de Venise l'année dernière. M. Kleijssen a rappelé le rôle pionnier du Conseil de l'Europe face à ces défis, notamment en ayant déjà proposé le premier instrument juridique contraignant sur la cybercriminalité, la Convention de Budapest, et les travaux actuels sur les normes de réglementation de l'IA.

D'un point de vue plus global, Mme Louise Haxthausen, directrice du bureau de liaison de l'UNESCO à Bruxelles et représentante de l'UNESCO auprès de l'UE, a souligné la fracture numérique existante, la majorité de la population mondiale n'ayant pas accès à l'internet. Elle a également souligné le nombre croissant de menaces pour les journalistes, non seulement en ligne mais aussi physiques, et le déclin actuel des normes de liberté de la presse dans le monde. D'autre part, elle a souligné une récente réalisation importante de l'UNESCO dans ce domaine, la Recommandation sur l'éthique de l'intelligence artificielle, le premier cadre normatif mondial sur l'IA, axé sur les droits de l'homme, la non-discrimination et la diversité linguistique avec des propositions politiques concrètes.

M. Léonardo Kahn, jeune journaliste et correspondant à Paris de la radio de service public luxembourgeoise "radio 100, 7", a soulevé la question du sous-financement des services publics de radiodiffusion en Europe. Le journalisme indépendant est crucial, mais il nécessite une sécurité à la fois financière et juridique. Il faut aussi davantage d'éducation et une meilleure mise en œuvre des normes et règles juridiques pour que les jeunes s'intéressent davantage aux implications de l'IA.

Dans ses remarques finales, l'Ambassadeur Roeland Böcker, Représentant permanent des Pays-Bas auprès du Conseil de l'Europe, a souligné le courage nécessaire pour être un jeune journaliste aujourd'hui, dans un contexte de contestation croissante de la démocratie - y compris parmi certains jeunes publics.

Mme Sabine Verheyen, Présidente de la Commission de la culture et de l'éducation du Parlement européen, a rappelé la nécessité de préserver les médias traditionnels tout en abordant de manière appropriée l'impact de la numérisation dans le paysage médiatique et de l'information. À cet égard, Mme Verheyen a appelé les États membres de l'UE à mettre en œuvre la directive européenne sur les services de médias audiovisuels, qui garantit la cohérence des normes audiovisuelles nationales dans l'Union, ainsi que la loi sur les services numériques et la loi sur les marchés numériques, récemment adoptées, qui visent à accroître la responsabilité des plateformes en ligne, à lutter contre les contenus illégaux et à garantir une concurrence loyale entre les plateformes et un meilleur accès pour les utilisateurs.

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