Atelier national de vulgarisation de la Stratégie nationale d’engagement de la diaspora
Excellence, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,
Excellence, Monsieur le Ministre de l’Intérieur,
Excellence, Monsieur l’Ambassadeur d’Allemagne,
Excellence, Monsieur l’Ambassadeur de France,
Distingués invités en vos rangs et qualités,
Chers partenaires de l’OIM,
Je vous souhaite la bienvenue et vous remercie vivement pour votre présence nombreuse aujourd'hui. Je suis ici avec l’Ambassadeur d’Allemagne et l’Ambassadeur de France. Nous sommes la « Team Europe ». Ensemble nous œuvrons, chaque jour, pour défendre les valeurs et les intérêts de l’Union européenne.
Nous sommes tous conscients des défis que posent les migrations et les déplacements forcés dans la Corne de l'Afrique. Mais la migration représente également, une opportunité pour les pays d'origine, de transit et de destination. L’Union européenne est le principal bailleur de fond qui accompagne Djibouti sur la question migratoire. Nos dons s’élèvent à ce jour à plus de 38 millions d’euros, soit plus de 7,4 milliards de francs djiboutiens auxquels s’ajoutent des fonds mis à disposition par des programmes régionaux.
L’Union européenne est heureuse de soutenir l’atelier de vulgarisation de la Stratégie nationale d’engagement de la diaspora aujourd’hui et je félicite tous ceux qui sont impliqués dans la préparation de cette stratégie.
En effet, cette stratégie diaspora est un élément fondamental de votre Stratégie Nationale pour les Migrations, validée en septembre 2021, et pour laquelle un projet de plan d’action est en cours de préparation ; processus que l’Union européenne soutient également largement.
Pour illustrer combien la diaspora d’un pays donné peut constituer une élément fondamental dans le développement d’un pays d’origine, permettez-moi de partager ce matin, mon expérience en tant que diplomate irlandais et l’engagement de mon pays avec notre diaspora.
En Irlande, nous sommes environ 5 millions. Mais environ 70 millions de personnes à travers le monde sont soit nées en Irlande soit de descendance irlandaise.
Quand j'ai démarré ma carrière de diplomate dans les années 1980, les relations entre mon pays et la diaspora n'étaient pas au beau fixe.
Heureusement, les choses commencent à changer en 1990, Mary Robinson est élue Présidente d’Irlande et un de ses premiers grands objectifs concerne le rétablissement des liens avec notre diaspora. Il faut sans doute être une femme pour que les choses enfin changent.
Notre Présidente de l’époque passe d’ailleurs une grande partie de son mandat à voyager pour rencontrer les communautés irlandaises à travers le monde.
L’expérience en vaut la peine puisque nous découvrons à notre grande surprise que les Irlandais de l’étranger aiment leur pays et que désormais notre diaspora de 70 millions devient un atout considérable.
Aujourd’hui nos relations sont totalement transformées. Notre engagement avec la diaspora est redynamisé. L’engagement des Irlandais à l’étranger est désormais au cœur de notre politique étrangère.
La leçon principale que nous avons apprise c’est que notre diaspora représente une ressource pour accompagner le développement de notre pays.
L’émigration irlandaise vers les Etats-Unis débute vers 1845 lorsque nous connaissons la famine. Les migrants sont pauvres et leur premier travail est de creuser les canaux et de construire les chemins de fer.
La génération suivante a plus de chance et à partir du 20ème siècle beaucoup rejoignent les rangs de la police ou des pompiers.
Leurs enfants vont à l’école, à l’université et ils commencent à trouver de meilleurs emplois.
Aujourd’hui, nombreux sont devenus PDG d’entreprises multinationales et ce n’est pas par hasard si plusieurs ont ensuite décidé de créer des entreprises en Irlande.
Il y a dix ans, l’Irlande est touchée par une crise financière sans précédent et notre économie s’effondre. Nous avons obtenu de l’aide de divers côtés, y compris de l’Union européenne. Et, en parallèle , notre diaspora nous a accompagnés en proposant et finançant également des programmes de sortie de crise.
A cette époque je suis à New York pour y rencontrer les réseaux irlandais et écouter leurs conseils.
Je vais voir une présentatrice star de la télévision américaine qui présente tous les matins un programme en direct de la Bourse de New York.
Nous nous sommes rencontrés au siège de sa chaîne, l’immeuble certainement le plus high-tech que je connaisse.
Elle est de descendance irlandaise depuis quatre générations. Elle ne peut pas obtenir la nationalité irlandaise selon la loi. Elle l’accepte même si elle se considère toujours profondément irlandaise et elle souhaite garder vivant l’engagement de sa génération et son attachement profond à la culture irlandaise. Pour moi, c’est fascinant de me trouver face à quelqu’un de si connu, dans un environnement des plus modernes et high-tech, et de l’entendre me raconter comment dans son enfance elle était tellement fière d’aller chaque samedi matin pratiquer la danse traditionnelle irlandaise.
C’est ce lien culturel qui lui permet de conserver une part importante de son identité irlando-américaine.
Il est possible de s’engager avec la diaspora pour des bonnes raisons et sous différentes manières.
Il est possible de le faire au niveau des communautés.
Il est possible de mobiliser la diaspora à travers la culture, l’économie, la finance, la politique et même le sentiment d’appartenance comme la présentatrice me l’a montré.
La diaspora fait partie de l’histoire de chaque pays et nous ne devons pas l’oublier. Ceux qui la composent n’ont pas tous connu le succès. Beaucoup de ceux qui ont travaillé pour envoyer leurs économies dans leur pays d’origine peuvent rencontrer des difficultés en vieillissant et nous devons être à leur coté aujourd’hui.
A Djibouti et comme en Irlande, vous investissez dans l’éducation des jeunes. Certains font ensuite le choix de partir. Ils reviendront équipés de nouvelles compétences et d’idées novatrices.
Il serait opportun de développer des moyens pour faciliter leur retour, comme par exemple faciliter leur intégration dans le système fiscal du pays d’origine, dans le système de santé ou leur accès au logement. Ce sont là des démarches concrètes que nous mettons actuellement en place en Irlande.
Je suis vraiment ravi de participer à cet atelier national de vulgarisation de la Stratégie nationale d’engagement de la diaspora et je suis encore plus heureux que l’Union européenne lui accorde son appui aujourd’hui. Sa mise en œuvre sera essentielle et permettra des développements et des améliorations au bénéfice de Djibouti, ses nationaux et ses ressortissants.
Je vous remercie.