Dialogue : de la transition à la consolidation de la gouvernance démocratique Discours d’ouverture de S.E.Mme Cécile Abadie, Ambassadrice de l’Union européenne au Gabon, pour Sao Tomé-et-Principe et la CEEAC :

Monsieur le Ministre de la Réforme et des Relations avec les Institutions,
Messieurs les Ambassadeurs des États membres de l’Union européenne, chers collègues de l’Équipe Europe,
Madame la Coordinatrice résidente du système des Nations Unies,
Monsieur le Vice-président du CESEC,
Monsieur le Secrétaire général du Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions de la République,
Mesdames et Messieurs les représentants de la société civile,
Chers collègues de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale,
Distingués participants,

Nous sommes ici réunis à l’occasion de la fin d’un projet qui nous est infiniment cher. Mais, pour chasser toute tentation de nostalgie ou même d’autosatisfaction, cette journée sera bien, à l’image des activités auxquelles nombre d’entre vous ont participé dans le cadre de ce projet, un moment de réflexion, d’échange et de projection vers l’avenir.

Mais avant cela, souvenons-nous du point de départ : le lendemain du 30 août 2023, un jour que je ne risque pas d’oublier, mon premier réveil en terre gabonaise. Ce jour-là, les citoyens de ce pays ont manifesté de la joie et de l’espoir. Les Européens étaient, eux, il faut le dire, un peu sonnés par une séquence de changements non constitutionnels sur le continent. Mais il n’y a eu ni sanction, ni injonction, et nous avons fait le choix de donner sa chance au processus de transition.

Les autorités de la transition ont présenté un chronogramme pour un retour à l’ordre constitutionnel, affirmé le respect des engagements internationaux du pays et exprimé l’ambition d’un système politique différent, apte à offrir au peuple une dignité, des libertés fondamentales et de l’équité. Nous nous devions donc d’être au rendez-vous, sans condescendance mais également sans complaisance.

Pour accompagner un processus tout à fait endogène tout en partageant des référentiels pertinents, qu’ils soient européens ou africains, l’Union européenne a déployé trois appuis complémentaires :

  • La mobilisation d’expertises techniques de court terme sur des sujets ciblés à des étapes clés, par exemple dans le contexte de la réforme constitutionnelle ou de la réforme du Code électoral ;
  • Le déploiement d’une Mission d’expertise électorale dans le contexte du référendum de novembre 2024, qui a formulé des recommandations, lesquelles ont ainsi pu nourrir la réflexion sur un nouveau Code électoral. L’Union européenne avait aussi manifesté sa disponibilité à déployer une Mission d’observation électorale pour les élections présidentielle et législatives de 2025 si les autorités en exprimaient le souhait ;
  • Enfin, un projet d’accompagnement de la transition a été conçu, doté d’un budget de 2,5 millions d’euros, pour appuyer les institutions, renforcer les capacités des médias et renforcer les capacités de la société civile, notamment en matière d’observation citoyenne. Deux États membres, la France et les Pays-Bas, ont octroyé des fonds additionnels et permis à cet accompagnement d’être plus collectif et plus ambitieux.

Tout ceci nous paraît aujourd’hui déjà un peu lointain, mais si je rappelle la posture qui a été la nôtre, c’est parce que je pense qu’il est important de rappeler, en cette période de relations internationales très transactionnelles, centrées sur la défense d’intérêts économiques, que les valeurs démocratiques, peut-être éloignées du trade not aid, mais indissociables de la dignité humaine, ont toute leur place dans la liste de nos intérêts mutuels.

Je voudrais aussi saisir l’opportunité de saluer le travail d’IDEA, qui a été pour nous un partenaire de mise en œuvre de confiance, agile, toujours à l’écoute, professionnel et respectueux.

Pour profiter encore une fois de son talent et de son réseau de grande qualité, nous avons voulu aujourd’hui faire le point sur les avancées et les progrès du processus de réformes politiques, mais aussi sur les défis qui restent à relever.

Au cours de ce dialogue, vous pourrez débattre, je l’espère, de manière franche et constructive, sur le nouveau cadre constitutionnel, le fonctionnement des institutions, la participation citoyenne ou encore le rôle des médias.

Le regard porté sur le Gabon, que ce soit par des acteurs nationaux ou des organisations de la société civile internationale, a souvent été bienveillant, mais il est aussi parfois critique, peut-être parce que l’ambition affichée a placé la barre très haut. Il est donc utile de prêter attention aux interrogations, aux doutes qui s’expriment sur certains sujets, par exemple sur :

  • Le niveau d’appropriation du nouveau cadre constitutionnel par les acteurs politiques ;
  • Les nouveaux équilibres institutionnels, au regard, en particulier, du principe de séparation des pouvoirs. Dans quelle mesure les branches exécutive, législative et judiciaire exercent-elles leurs compétences respectives, chacune sans empiéter sur les compétences des autres ?
  • L’exercice du pluralisme politique et l’expression de positions divergentes, dans un contexte marqué par la domination d’un parti au Parlement et au niveau local. Quels mouvements s’inscrivent dans l’opposition et comment leur voix fait-elle avancer le débat ?
  • L’espace civique s’est-il renforcé ? Est-il parfois fragilisé ? Certaines réformes ont été saluées, d’autres mesures n’ont pas toujours été comprises. Je prends l’exemple de la suspension des réseaux sociaux : comment gérer les perceptions, les doutes ou les incompréhensions des citoyens ? Comment renforcer la participation citoyenne ?
  • Dans cette période où l’économie est au centre des préoccupations, avec des arbitrages difficiles, comment protéger les plus vulnérables et garder les droits humains et les libertés fondamentales au cœur de l’action politique ?

Ce sont des interrogations qui me semblent importantes et des questions sur lesquelles je n’ai pas nécessairement de réponse à apporter ; chaque pays a son histoire et sa trajectoire, et l’Union européenne n’a certainement pas vocation à distribuer les bons et les mauvais points, et encore moins à se montrer prescriptive.

Le vœu que nous formons aujourd’hui, c’est que l’espérance née le 30 août continue de guider l’action du gouvernement, mais aussi de tous les acteurs : autorités indépendantes, société civile, médias. Puisse cette journée de débat politique et de réflexion collective y contribuer à sa manière.

Je vous souhaite d’excellents travaux et vous adresse mes sincères encouragements pour la suite du chemin à parcourir.