Dialogue des femmes parlementaires du Gabon : Discours de M. Nicolas Kasprzyk, Chargé d’Affaires a.i

Madame la Présidente du Sénat,

Mesdames les vice-présidentes des bureaux du Sénat et de l’Assemblée nationale,

Mesdames les parlementaires,

Mesdames les Conseillères du Président de la République,

Mesdames les Directrices et Cheffes de service, 

Mesdames et messieurs les représentants du corps diplomatique et des organisations internationales,

Très chers collègues de l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance Electorale, 

Distinguées participantes,

C’est un grand honneur pour moi, au nom de l’Union européenne, de prendre la parole pour l’ouverture de cet atelier consacré à la promotion des droits des femmes, à l’accès à la justice et à l’identification d’actions législatives concrètes, en ce début de la Vᵉ République gabonaise. 

Je souhaite tout d’abord saluer le rôle central des parlementaires gabonais et parlementaires femmes dans la promotion de réformes législatives sensibles au genre. Votre engagement et votre leadership, qui ont été au cœur d’un atelier qui s’est tenu en début de semaine avec le soutien du PNUD, sont essentiels pour transformer les principes de droits humains en actions concrètes et durables, et pour renforcer la démocratie et l’inclusion au Gabon.

L’égalité de genre est un pilier des sociétés résilientes, y compris face aux menaces hybrides et aux crises multiples auxquelles nous sommes confrontés, dans un monde chaque jour plus turbulent et plus instable. L’accès égal aux opportunités, indépendamment du genre, est un moteur de développement durable, de bonne gouvernance et de croissance économique, et contribue à la stabilité et à la sécurité des sociétés.

Aujourd’hui, plus de 675 millions de femmes et filles vivent dans des contextes affectés par des conflits, ce qui rend indispensables partout où c’est possible des actions sensibles au genre pour le renforcement de l’Etat de droit, la construction démocratique et la prévention des crises. 

Les violences fondées sur le genre demeurent un défi majeur pour la stabilité et le développement. La violence est désormais amplifiée par les technologies et les réseaux numériques, où les femmes – et peut-être certaines d’entre vous l’ont vécu - sont les cibles principales. Nous estimons ainsi que près de 98% des fausses vidéo produites au moyen de l’intelligence artificielle dans le but de représenter une personne de manière dégradante, visent directement des femmes.  À l’échelle mondiale, ce sont près de 2 milliards de femmes et filles qui n’ont pas accès à une protection juridique adéquate contre les violences fondées sur le genre.

Dans la plupart des pays, y compris en Europe, et peut-être aussi ici au Gabon, les écarts de genre dans l’emploi, dans la participation économique et dans la prise de décision demeurent importants. 

L’Union européenne soutient la promotion de l’égalité de genre et de l’accès de tous et de toutes à la justice en partenariat avec les gouvernements et les institutions nationales, en offrant expertise, expériences et instruments de coopération. Dans sa relation avec ses partenaires, l’Union européenne n’a pas vocation à dicter des politiques ni à imposer des choix : en revanche, l’UE est disponible pour accompagner et soutenir les initiatives locales, en veillant à respecter pleinement la souveraineté du pays, son histoire et ses spécificités. Sur ce sujet, comme sur d’autres, l’Union européenne cherche à être le partenaire fiable, prévisible, constant que vous êtes en droit d’attendre. 

L’Union européenne trouve un intérêt à promouvoir et à encourager l’égalité de genre. Nous estimons en effet que les partenariats internationaux fondés sur l’égalité de genre sont plus résilients, plus prospères et plus crédibles. Promouvoir les droits des femmes, l’accès à la justice et un leadership inclusif renforce les institutions, construit la confiance et augmente la capacité collective à relever les défis de développement.

L’Union européenne est, aussi, activement engagée dans la promotion et la mise en œuvre de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » qui découle de la résolution 1325(2000) du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il s’agit d’assurer que les droits des femmes et des filles soient respectés en tout temps et en toutes circonstances, et d’assurer la pleine participation des femmes dans les mécanismes et dans les processus de prévention des conflits, de résolution des conflits et de réhabilitation post-conflit. 

L’atelier constitue une opportunité pour :

  • Établir un état des lieux du cadre juridique actuel relatif aux droits des femmes au Gabon ;

  • Identifier et proposer des actions concrètes pour renforcer la mise en œuvre des lois sensibles au genre ;

  • Renforcer les instruments parlementaires gabonais pour promouvoir l’égalité et soutenir les réformes prioritaires.

Aujourd’hui, vous êtes 46 femmes élues au Parlement ; 28 députées et 18 sénatrices, ce qui représente près de 20% des sièges de l’Assemblée nationale et plus de 25% des sièges du Sénat. Notons-le, le pourcentage de femmes parlementaires est en hausse au Gabon, puisqu’il était d’environ 15% à l’Assemblée nationale pendant la treizième législature (2018-2023) et autour de 24% au Sénat. Vous êtes 46 femmes parlementaires, investies de la légitimité issue des urnes, qui occupez une position stratégique pour traduire les engagements de la période post-transition en actions législatives concrètes, en mécanismes de contrôle efficaces et en politiques publiques sensibles au genre. 

L’Union européenne se félicite d’être un partenaire de l’événement, à travers le projet confié à l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance Electorale, en soutien à la construction démocratique. L’Union européenne se réjouit d’avoir pu mobiliser 2,5 millions d’euros soit 1,7 milliards de francs CFA, pour accompagner la transition issue du 30 août 2023 et l’immédiat post-transition, en soutenant les institutions, les médias et la société civile. Nous nous réjouissons que ce budget ait par ailleurs fait l’objet de compléments significatifs de la part d’Etats membres de l’UE, en particulier la France et les Pays-Bas, ce qui a permis de déployer un volume d’activités plus important qu’initialement envisagé.

Nous espérons que les travaux seront denses et qu’ils seront une source d’inspiration pour poser les bases d’initiatives ambitieuses et durables, qui feront progresser l’égalité de genre et la protection des droits des femmes dans le pays.

Je vous remercie de votre attention.