Vous l’aurez compris, ce n’est pas non plus un hasard si je cite ces grands principes de la diplomatie européenne en 2026.  Car c’est au nom de ses principes et valeurs qu’elle défend et promeut inlassablement que l’Union européenne agit, construit, noue ses partenariats, ici aussi en Haiti. Nous sommes ici engagés depuis 1975. Nous continuons à vouloir l’être en disant notre disponibilité à être aux côtés du peuple haïtien à un moment si important comme il semble l’être en ces premiers mois de 2026, un moment difficile, porteur de souffrances et de blessures, mais un moment aussi porteur d’espoir tant l’aspiration du peuple haïtien à la liberté, à la stabilité, à la sécurité et à la prospérité semble à la fois urgente, légitime et nécessaire. 

« Sécurité, dignité, équité, liberté », nous disait Nichanda Préval il y a quelques instants. « Maintenant ou jamais », disait-elle également, comme un cri de la jeunesse haïtienne à ce monde qui la regarde et qui se doit d’agir. 

Alors, oui, nous, Européennes et Européens réunis devant vous, comme sans doute d’autres partenaires, sommes prêts à nous engager. Dans le monde d’aujourd’hui, nous l’avons dit et écrit, avec mes collègues, ambassadeurs européens accrédités en Haiti, dans le monde d’aujourd’hui, la sécurité est indivisible. C’est pour cette raison que l’Union européenne et ses Etats membres restent fermement unis en soutien à l’Ukraine qui continue de faire face à l’agression militaire de la Russie. C’est aussi forts de ses convictions que l’Union européenne et ses Etats membres disent leur disponibilité à accompagner Haiti dans ses efforts pour recouvrer sa sécurité et sa stabilité. Nous le faisons en soutenant la mise en place de postes avancés opérationnels pour la police, nous le faisons avec les Etats membres finançant une grande partie du Trust fund pour la GSF ou des formations directes à la police. Nous le faisons aussi en maintenant un engagement fort en matière de coopération et de développement car nous sommes persuadés que le développement et la relance économique d’Haïti sont essentiels à la stabilité et bien sur à la prospérité du pays. Avec un portefeuille d’un montant de 340 millions d’euros qui restent à mettre en œuvre d’ici 2028, nous maintenons cet effort exceptionnel pour Haiti, notamment en liaison avec le Bureau de l’Ordonnateur national dont je souhaite saluer l’action et celle de son équipe. Ensemble, nous développons d’importants programmes liés à l’infrastructure, à l’agriculture, aux systèmes hydro-agricoles notamment, nous travaillons, avec nos partenaires de l’ONU, à la lutte contre l’insécurité alimentaire, au développement local des communautés, à la planification urbaine et à l’aménagement du territoire. Nous sommes fermement engagés dans la lutte contre l’impunité et la corruption. Je salue à cet égard, M. le Ministre, l’action inlassable de l’ULCC, et la présence de son directeur, parmi nous aujourd’hui. Je salue également, M. le Ministre, votre engagement à permettre dans les prochaines semaines l’établissement des pôles judiciaires spécialisés en matière de lutte contre les crimes de masse et les crimes financiers. Avec la sécurité, le besoin de justice est l’un des plus importants que j’ai vus s’exprimer si légitimement chez nos amis haïtiennes et haïtiens depuis mon arrivée.  L’Union européenne, depuis que la constitution des pôles judiciaires a été décidée, s’est immédiatement positionnée pour financer les programmes d’accompagnement, notamment via le bureau du haut commissariat aux droits de l’homme et l’ONUDC, au bénéfice des institutions judiciaires haïtiennes. Nous espérons que ce positionnement et votre engagement, M. le Ministre, puissent rapidement se traduire concrètement aux yeux de la population haïtienne. Il n’y a rien de plus dévastateur en effet que le sentiment d’impunité. Il n’y a rien que de plus inspirant et fédérateur en revanche que celui de la justice pour l’humanité. 

Et je souhaite, en tant qu’ambassadrice de l’Union européenne et en tant que femme, parler aujourd’hui aussi de ces milliers de femmes victimes de viols, chez elles, dans les sites de déplacés ou lorsqu’elles passent la frontière, prises au piège des différents systèmes de trafics qui tirent profit des mouvements migratoires. Le viol d’une seule femme est insupportable. Comment doit=on qualifier la vingtaine de viols par jour que rapportent les organisations des droits de l’homme, et je comprends, qu’il ne s’agit malheureusement là que d’un chiffre des cas rapportés. Il y a tous les jours sans doute aussi des cas de viols dont personne n’a connaissance. Comment peut-on qualifier l’idée que des femmes doivent intégrer le fait même que le viol fasse partie de passage quasiment obligé. Je souhaite apporter tout mon soutien à chacune de ces femmes, je souhaite dire tout mon soutien à toutes celles qui osent parler et dire tout mon soutien à toutes celles qui n’osent pas le faire. Je souhaite dire qu’il est primordial d’écouter les victimes, les survivantes comme les appellent les organisations des droits de l’homme, je souhaite dire aussi ma reconnaissance aux institutions qui essaient de regarder en face ces situations humaines tragiques et de prendre leurs responsabilités. Il s’agit maintenant ou jamais de collectivement condamner toute agression et tout crimes sexuels. J’étais hier encore à la PNH, je remercie le directeur général d’avoir initié en ses rangs une campagne de prévention et de l’avoir fièrement fait savoir pendant la réunion que nous tenions pourtant sur un sujet opérationnel. Je remercie Jack Christofides qui, dès nos premières conversations, s’est engagé à combattre toute situation d’agression, de viol ou d’exploitation sexuelle. Il est important que la PNH et la GSF montrent l’exemple de cet engagement, il est important que les victimes soient écoutées et il est important que chacune et chacun d’entre nous suivent, et même plus participent à ce devoir d’exemplarité. 

La tolérance 0 en matière de crimes sexuels, telle doit être notre conviction et notre expression collective, côte à côte, Haïtiennes, Haïtiens, Européens, Européennes, et au-delà, membres si nombreux aujourd’hui de la communauté internationale. 

Alors, vous l’avez compris, au-delà des chiffres, au-delà des discours, nous souhaitons appuyer des actes et des engagements concrets, nous souhaitons agir aussi dans un plein respect de nos partenaires haïtiens, optimiser nos possibilités en ce sens. Nous souhaitons concrètement incarner notre solidarité, nous souhaitons agir concrètement pour continuer à être fidèles à nos principes et nos valeurs. 

C’est ce message que nous voulions adresser aujourd’hui avec responsabilité, sincérité et engagement au peuple haïtien. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu dédier cette Journée de l'Europe aux enfants de ce siècle, ici en Haïti ou plus loin en Europe. En tant qu'Ambassadrice de l'UE, en tant que femme, en tant que mère, j’ai tenu aussi à dédier cette Journée de l’Europe au courage, aux souffrances mais aussi à l'énergie et aux sourires des femmes et des filles haïtiennes, qui sont à la fois les plus touchées par la crise et celles qui peuvent apporter et porter l'espoir de demain.

Je voudrais terminer cette intervention par cette chanson que mon collègue François m’a fait découvrir il y a quelques jours. Par les paroles de la chanson Fanm Dayti de Carole Desmesmin :

Se Fanm ki bay lavi

Se fanm ki chanje vi

Nan peyi Dayiti

Konbit pa fèt San li

Jodia an nou kanpe vanyan

Pou nou di yo 

Ayibobo !

Je vous remercie