Pêche : Discours d’ouverture de la 14eme réunion de l’Unité de coordination régionale élargie du Plan Régional de Surveillance des Pêches (PRSP)
Monsieur le représentant des autorités compétentes des Seychelles,
Monsieur le Chargé de mission de la Commission de l’océan Indien,
Mesdames et Messieurs les représentants des États membres du PRSP,
Messieurs les membres de l’Unité de coordination régionale du PRSP,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
C’est un honneur pour moi d’être des vôtres ce matin pour cette 14e réunion de l’Unité de coordination régional élargie (UCRE).
Je souhaiterais avant tout remercier le gouvernement seychellois d’accueillir cette réunion de coordination technique, en marge de la troisième conférence ministérielle sur le Plan régional de surveillance des pêches (PRSP) qui se tiendra ce vendredi 28 février 2025 à Victoria également.
Chers collègues,
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L'ampleur de la menace de la pêche INN
La pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) dans le sud-ouest de l'océan Indien représente aujourd’hui une des menaces les plus graves pour la durabilité de nos océans.
Dans le sud-ouest de l'océan Indien, des zones de pêche cruciales sont exploitées par des opérateurs illégaux, qui exploitent nos ressources maritimes de manière incontrôlée, souvent au mépris des réglementations locales et internationales.
Ces pratiques ont des conséquences dramatiques : la diminution des stocks de poissons, la dégradation des écosystèmes marins, et l'impact direct sur les communautés côtières qui dépendent de ces ressources pour leur survie.
On estime qu'une part importante des captures dans notre région provient de la pêche INN, avec des impacts dévastateurs sur des espèces comme les thons et d'autres poissons migrateurs. Cette situation met en péril non seulement la biodiversité marine, mais également l’économie des secteurs liés à la pêche, notamment les industries locales, les chaînes de valeur de l'aquaculture, et le tourisme.
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Les enjeux de la lutte contre la pêche INN
Nous devons comprendre que la pêche INN n'est pas une question isolée, mais un défi transversal qui nécessite une approche holistique. Cela touche à des questions de gouvernance, de coopération régionale, et de renforcement des capacités des États pour mieux surveiller et contrôler leurs zones économiques exclusives (ZEE).
Il est essentiel de souligner que cette lutte ne peut être menée seule par un seul pays. En tant que nations riveraines du sud-ouest de l'océan Indien, nous devons nous unir et intensifier notre coopération afin de mettre en place des mécanismes régionaux plus efficaces.
Le Plan Régional de Surveillance des Pêches de l'océan Indien (PRSP) a été une des réponses à ce fléau depuis plus d’une quinzaine d’années.
Le PRSP joue un rôle prépondérant dans ce processus, en coordonnant les efforts de surveillance, en renforçant les échanges d'informations et en harmonisant les politiques.
Mais au-delà de la coopération régionale, nous devons également appuyer nos capacités nationales en matière de surveillance maritime, de contrôle des pêches et de sanctions contre les infractions. Cela passe par une meilleure formation des autorités locales, la mise en place de technologies de pointe, comme les systèmes de surveillance par satellite et les dispositifs de traçabilité des captures, mais aussi le renforcement des inspections sur le terrain.
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Les solutions et actions à prendre
La lutte contre la pêche INN nécessite un engagement fort et des actions concrètes et l’Union européenne est engagée pour y contribuer.
L’efficacité et l’efficience des systèmes de suivi, de contrôle et de surveillance (SCS) est un objectif essentiel. Il existe maintenant de nombreux outils de surveillance et d’échange d’information, que vous connaissez mieux que moi (tels que le Vessel Monitoring System (VMS) sous le PRSP, les systèmes open access ou spécifiques utilisés par les centres MASE, IORIS sous le programme CRIMARIO, de nouveaux mécanismes développés par les Terres Australes et Antarctiques Françaises, entre autres).
Ces systèmes s’ajoutent à ceux utilisés par les pays membres eux-mêmes, soutenus pour certains par les accords de pêche signés avec l’UE, ainsi que par les organisations régionales comme la CTOI ou la SADC. La multiplicité de systèmes, pas toujours interopérables, nuit à l’efficacité, et surtout à l’efficience de nos efforts du contrôle de la pêche INN et des trafics variés.
Un effort de coordination de ces différents systèmes est essentiel. Outre de meilleurs résultats en termes de surveillance de pêche, cela contribuera aussi à une plus grande efficience de l’utilisation des financements, les fonds européens étant utilisés dans quasiment tous ces systèmes.
Et c’est pour cela que nous avons insisté pour que l’étude sur l’harmonisation des outils SCS soit finaliser le plus tôt possible.
C’est avec satisfaction que nous notons que cette étude tant attendue a finalement été complétée et que les résultats et recommandations sont à l’agenda de nos discussions ce matin. Nous attendons de voir des recommandations concrètes sur les meilleurs moyens de coordination de ces outils et ainsi réduire les coûts d’opérations.
Je profite de l’occasion pour féliciter la COI d’avoir signé le Memorandum of Understanding (MoU) avec EFCA (European Fisheries Control Agency). Nous sommes heureux de pouvoir mettre l’expertise européenne au service d’actions stratégiques, comme le renforcement de capacité sur la traçabilité et la certification des captures ; et sur un cadre régional d’évaluation des risques.
Un autre point de grande importance dans l’agenda de cette réunion est la pérennisation et l’institutionnalisation du PRSP. La dépendance du PRSP de financements externes, en particulier de l’UE, est un problème qui a déjà été maintes fois signalé. La date de fin du programme E€OFISH qui finance le PRSP est en septembre 2025. Je me réjouis donc du fait que cette réunion prépare le terrain, en adoptant une marche à suivre claire pour l’institutionnalisation du PRSP. Le PRSP est un instrument important pour le contrôle de la pêche INN, et par conséquent pour la durabilité des ressources de l’océan indien et de vos économies. Nous espérons donc qu’une vision de long terme se dégage de vos efforts et que la réunion ministérielle viendra avec des engagements ferme pour financer le mécanisme du PRSP.
- Sustainable Western Indian Ocean Programme (SWIOP)
En marge des discussions techniques qui aboutira à un projet de déclaration ministérielle, l’Union européenne souhaiterait faire passer ces quelques messages.
Comme vous le savez, l’Union européenne s’est engagé à financer les patrouilles régionales sous le Plan régional de surveillance des pêches à travers une subvention à la COI à hauteur de 3 million euros sur les quatre prochaines années (2025 – 2029) sous le nouveau programme Sustainable Western Indian Ocean (SWIO).
Je tiens à préciser que ce nouveau financement au PRSP sous le SWIOP sera conditionné par des actions concrètes de la pérennisation / l’institutionnalisation du PRSP.
Ceci comprend, entre autre,
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Que les deux personnels techniques – officier SCS et informaticien – soient misent à la disposition du PRSP par les états membres pour l’organisation des patrouilles et gestion des bases de données sous le VMS régional ;
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Une mutualisation des ressources humaines avec le programme Safe Seas Africa ;
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Que les Etats membres prennent l’engagement d’organiser les réunions de l’Unité de coordination régionale et celle de la réunion élargie. Pour réduire les coûts associés aux réunions UCR et UCRE respectivement, il serait souhaitable que la COI et les Etats membres du PRSP favoriseront des réunions virtuelles sur des réunions en présentielles ;
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Les leçons apprises et les défis dans l’organisation des patrouilles sous SmartFish et E€OFISH sont pertinentes. Dans la nouvelle formulation du projet de subvention sous le SWIOP, il est primordial que vous preniez en considération la spécificité et les contraintes administratives de chaque état membre dans l’organisation des patrouilles régionales.
Je suis convaincu que nous aurons l’occasion de discuter en détails ces points pendant la séance de présentation et de validation. Ces éléments devront faire l’objet de la déclaration ministérielle.
Je vous remercie pour votre attention.