Journée de l'Europe : ce que le Maroc et l'Europe bâtissent, ensemble
Chaque 9 mai, l'Union européenne célèbre la Journée de l'Europe. Une date qui commémore la Déclaration Schuman de 1950, l'acte fondateur d'un projet né du refus de la guerre et du pari de la coopération. Paix, liberté, démocratie, état de droit, libre échange, mobilité et prospérité : ces principes ont façonné l'avenir commun d'un continent et guident l'action de l'Union européenne. Aujourd'hui, plus que jamais, ils constituent la vitalité d'un projet que nous continuons àdéfendre. Un projet qui va au-delà des frontières du continent européen. L’espace méditerranéen notamment est un terrain privilégié où l’Union européenne déploie des initiatives autour de défis globaux tels que la migration, le changement climatique, la libre navigation, la sécurité énergétique et la coexistence pacifique des religions.
Le monde de 2026 n’est pas sans défis. L'invasion russe de l'Ukraine entre dans sa cinquième année, et les frappes sur les populations civiles et les infrastructures ne cessent de s’intensifier. Au Liban, à Gaza et à travers tout le Moyen-Orient, les civils paient également le prix d'une violence qui s’accroit. Elle menace désormais des voies commerciales vitales, comme le détroit d'Ormuz, avec des répercussions sur la croissance mondiale. Crises régionales, répercussions mondiales. Partout, le respect du droit international s'érode.Dans ce contexte, la tentation du repli - identitaire, commercial, stratégique - progresse partout.
Face à cela, l'Union européenne fait des choix clairs. Elle renforce sa souveraineté et défend le droit international face à tous ceux qui s’y opposent. Elle continue de soutenir l'Ukraine sans relâche et développe ses propres capacités de défense. Elle est, dans un monde fracturé, un pôle de stabilité et un interlocuteur fiable pour ceux qui croient encore que la coopération vaut mieux que la confrontation.
Ce choix implique aussi de s’appuyer sur des partenaires qui partagent notre conviction : celle que la paix se construit à plusieurs, que le dialogue prime sur la force et que le libre commerce profite à tous. C'est dans cet esprit que l'Union européenne a proposé, à l'automne 2025, un Pacte pour la Méditerranée, une initiative pensée et construite, étape par étape, conjointement avec nos partenaires du voisinage sud. Le Maroc y a pris toute sa part en accueillant notamment enseptembre dernier, à Rabat, une réunion de haut niveau déterminante pour sa conception. Le Pacte porte une ambition concrète : bâtir ensemble un espace de stabilité, de prospérité et d'opportunités partagées des deux côtés de la Méditerranée. Il s'articule autour de trois piliers structurants :l’investissement sur le capital humain, la jeunesse et la mobilité ; le renforcement d’économies plus intégrées,durables et créatrices d’emploi ; et enfin une sécuritérégionale partagée, notamment avec une gestion concertée de la migration. Il acte en somme l’ambition d’un espace commun et co-construit.
Le Maroc occupe dans cet espace une place singulière. Il est, pour l'Union européenne, un partenaire incontournable et stratégique dans son voisinage méridional, une reconnaissance renouvelée lors du Conseil d'association réuni à Bruxelles le 29 janvier dernier qui marque un tournant dans notre relation.
Les ministres des Affaires étrangères de l'Union ont validéune nouvelle phase de coopération, avec des engagements concrets dans l'entrepreneuriat, la transition verte, l'amélioration du climat des affaires ou encore le numérique. Lors de ce Conseil d’association, les deux parties ont aussi réaffirmé le soutient à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues.
La visite de la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et Vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, àRabat le 16 avril dernier complète ce nouveau chapitre. Son déplacement fut l’occasion de rappeler la profondeur stratégique du partenariat euro-marocain ainsi que ses perspectives d’avenir. Avec ce partenaire de confiance, nousvoulons faire davantage, ensemble.
Ces liens, tissés par l'Union européenne et ses États membres avec le Maroc au fil des années, façonnent déjà une fondation solide. Premier partenaire commercial du Royaume, l'UE représente un volume d'échanges multiplié par cinq depuis 2000 – année d’entrée en vigueur de l’Accord d’association -générant croissance, emplois et stabilité des deux côtés de la Méditerranée. L’Union européenne et ses Etats-membres constituent aussi le premier investisseur étranger au Maroc,et nous accompagnons depuis des années les grands chantiers structurés menés par les autorités marocaines. Unetransformation économique profonde allant du Partenariat Vert – le premier du genre noué avec un pays tiers – aux programmes de mobilité universitaires Erasmus+, en passant par l’appui à la réforme de la protection sociale, lancée en 2021 sous impulsion royale et visant à généraliser progressivement la couverture sociale à l’ensemble des Marocains.
Ce que cette relation dit au fond, c'est que la stabilité et la prospérité se construisent dans la durée, avec des partenaires dont certaines convictions se rejoignent. Le Maroc est un pays qui croit au multilatéralisme, à la coopération régionale, ainsi qu’à la gestion concertée des défis communs. Un partenaire également tourné vers le continent africain, dont le rôle dans la stabilité du Sahel et l'engagement reconnu dans la lutte contre tout extrémisme ouvrent la voie à de nouvelles formes de coopération. Un partenaire, enfin, avec lequel nous voulons et pouvons avancer à égalité.
En ce 9 mai, c'est aussi cela que nous célébrons : la conviction que dans un monde sous pression, ce sont non les murs mais les ponts durablement bâtis qui tiennent.
Signataires :
S.E. M. Dimiter TZANTCHEV, Union européenne
S.E. M. Gilles HEYVAERT, Belgique
S.E. M. Plamen TZOLOV, Bulgarie
S.E. M. Pavel KLUCKÝ, Tchéquie
S.E. Mme Berit BASSE, Danemark
S.E. M. Robert DÖLGER, Allemagne
S.E. M. Helena NOLAN, Irlande
S.E. Mme Tessa KATAPODIS, Grèce
S.E M. Enrique OJEDA VILA, Espagne
S.E. M. Christophe LECOURTIER, France
S.E. Mme Jasna ŠKUNCA MILETA, Croatie
S.E. M. Pasquale SALZANO, Italie
M. Dávid AMBRUS, Hongrie
S.E. M. Dirk Jan NIEUWENHUIS, Pays-Bas
S.E. Mme Anna JANKOVIC, Autriche
S.E. M. Tomasz ORŁOWSKI, Pologne
S.E. M. Luís FARO RAMOS, Portugal
S.E. Mme Maria CIOBANU, Roumanie
S.E. Mme Marjaana SALL, Finlande
M. Aleš VERDIR, Slovénie
S.E. Mme Fredrika ORNBRANT, Suède
Cette tribune a été initialement publiée dans l'édition N°7255 (du 8 -10 mai) de l'Economiste : https://www.leconomiste.com/journee-de-leurope-ce-que-le-maroc-et-leurope-batissent-ensemble/