Journée Mondiale de l’Enfance : l’inclusion au cœur des priorités

L’Union européenne au Maroc rejoint l’appel de l’UNICEF et se mobilise à l’occasion de la journée mondiale de l’enfance célébrée ce 20 novembre 2022 sur le thème « l’inclusion pour chaque enfant ». En cette journée, le monde se pare en bleu, couleur de l’espoir, pour fêter l’enfance et ses droits qui font partie intégrante des droits humains. C’est dans le contexte d’inclusion et de protection que le partenariat Maroc-Union européenne s’inscrit à travers des programmes spécifiques à l’enfance, notamment dans le domaine de la migration, du secteur de la justice auprès de la société civile. Il s’agit par exemple des programmes Hijra wa Himaya+ et de la plateforme Allô Moussahaba !. Donnons la parole aux bénéficiaires de ces programmes et aux responsables qui en ont la charge, et travaillent à procurer aux enfants un avenir et de l’espoir.

L’enfant et ses droits ?

L’enfant, c’est le mineur, fille ou garçon, de moins de 18 ans, âge légal de la majorité. Il est désormais considéré comme une personne à part entière, qui a des droits propres à ses besoins et a ses spécificités, que l’État doit couvrir et à qui il doit apporter protection et assistance. Les droits des enfants font partie intégrante des droits humains, reconnus par la majorité des pays du monde, et font l’objet de convention dont la plus spécifique est : la Convention Internationale des droits de l’Enfant (CIDE) adoptée par les Nations-Unies en 1989. Une nouvelle notion juridique a vu le jour celle de « l’intérêt supérieur de l’enfant » qui signifie que lorsqu’une décision doit être prise, le bien-être de l’enfant prime. L’enfant a droit à la protection et la sécurité contre les violences physiques et psychologiques, la satisfaction des besoins alimentaires et des soins de santé élémentaires, à une instruction et à des lois pénales adaptées à son âge. Les droits incluent aussi une approche d’inclusion et d’autonomie.

Jean, Taha, Nabil et les autres…

Jean-Eudes Akka, plus connu sous le nom de John, est un jeune ivoirien qui est âgé maintenant de 20 ans. Il a quitté son pays enfant suite à la guerre pour se rendre en Europe. Arrivé au Maroc, lui et sa famille ont pris conscience des risques et de la dangerosité de la traversée, et ont finalement choisi de s’installer à Tanger, où ils ont été recueillis et accompagnés par la Fondation Orient-Occident et l’Association Initiative Citoyenne Éducation Environnement et Développement (AICEED).

 Lorsque « les enfants en situation de déplacement », accompagnés ou non accompagnés, sont recueillis par les assistants de la Fondation Orient Occident, un suivi est réalisé afin d’évaluer leurs besoins en termes de santé, d’éducation, et leur situation administrative et juridique. L’intégration à l’éducation selon l’âge et le niveau est l’une des priorités de la Fondation. En parallèle, la Fondation propose des ateliers de sensibilisation à destination des parents et des partenaires du système éducatif, afin de les impliquer davantage dans les parcours offerts aux enfants.

Youness Tala, assistant socio-éducatif à la Fondation Orient-Occident à Tanger, explique que l’accompagnement continue après cette première étape d’insertion scolaire : « Nous - inscrivons les enfants à l’école, nous leur procurons les fournitures, la carte de bus et une bourse d’alimentation si besoin. Nous suivons tout au long de l’année leur progression, leurs notes, leur assiduité aux cours et essayons de répondre à leurs besoins. Nous les dirigeons également vers les activités socio-culturelles. Le programme Hijra wa Himaya+ concerne aussi bien les enfants marocains en décrochage scolaire ou dans la rue, que les enfants migrants accompagnés ou non accompagnés, nous ne faisons pas de différence ».

La Fondation collabore avec l’AICEED de Tanger, qui prend en charge le volet scolaire en accueillant les enfants migrants à majorité sub-saharienne, en les intégrant aux « Écoles de la Deuxième Chance » pour leur offrir l’opportunité soit d’étudier, soit de suivre une formation professionnelle. Cette école existe partout au Maroc, et 145 associations s’en occupent. Selon Khalid El Messari, directeur de l’association : « un des aspects de la réussite n’est pas seulement l’école, mais aussi l’initiation professionnelle et beaucoup d’activités artistiques et sportives couplées au renforcement de compétences ».

C’est le cas de Jean-Eudes qui est un exemple de détermination et de réussite. Ce garçon qui rêve de devenir pilote, et qui grâce à l’obstination de sa mère et à l’accompagnement que lui offre les associations, a réussi à apprendre le darija, à reprendre ses études et à rejoindre le cycle normal de l’école publique. Il s’est même pris de passion pour le piano qu’il a découvert lors des activités artistiques de l’association. Le rêve de l’Europe ? « Je me suis intégré ici et je m’y sens bien, ainsi que ma famille. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes qui m’ont aidé. Je me suis découvert une passion pour le piano alors j’écris des chansons où je raconte mon histoire. Ma vie est ici ».

Groupe de jeunes garçons entrain de jouer un match de foot sur le terrain à l'extérieur

 

Taha et Nabil (les noms ont été changés pour respecter leur anonymat) sont ce que l’on appelle pudiquement des « enfants en contact avec la loi », ce qui signifie qu’ils ont eu affaire à la justice et ont dû purger des peines, certes légères, mais malgré tout traumatisantes dans leur vécu. Taha âgé de 17 ans, lors de sa sortie du centre de détention broyait du noir et était enclin à la récidive : « J’allais me remettre à faire de mauvaises choses, et c’est ma mère qui m’a obligé à aller au Centre de la Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des Détenus à Salé. Ils m’ont écouté, j’ai vu une psychologue qui m’a suivi pendant un certain temps. C’est l’assistante Imane qui s’occupe de moi et qui m’a aidé à réintégrer l’école. Avant tout cela, j’étais un bon élève. Je ne veux décevoir personne, ni ma mère ni tous ces gens qui m’aident alors je m’accroche pour m’en sortir ».

Nabil a quitté l’école à 16 ans, après une brève formation de coiffure, il sombre dans la délinquance et écope d’un an dans un Centre de Protection de l’Enfance. À sa sortie, il est contacté par Allô Moussahaba !, une plateforme d’aide aux enfants en contact avec la loi mise en place par la Fondation Mohammed VI, appuyée par l’UNICEF et l’Union européenne. Il a droit au circuit mis en place : suivi psychologique et social, suivi médical pour traiter son addiction à la drogue. « Je reprends espoir car je ne suis pas seul, il y a des gens autour de moi qui m’aident quand j’ai besoin de quelque chose, j’ai même eu des lunettes ! Et ma mère est fière de moi. Du coup, j’ai repris ma formation de coiffure pour avoir un diplôme et travailler. Mon père est alcoolique et mon frère un récidiviste qui n’a pas su saisir la main de Allô Moussahaba ! Moi je veux m’en sortir alors je ne vais pas rater cette chance ! ».

Un partenariat tripartite Maroc-UE-UNICEF pour garantir et promouvoir les droits des enfants

Le partenariat tripartite Maroc-UE-UNICEF pour la promotion des droits des enfants s’articule autour de 7 principes fondateurs : l’intérêt supérieur de l’enfant ; l’inclusion et la non-discrimination ; la coordination intersectorielle à travers toutes les instances locales, régionales et nationales ; l’égalité des genres ; l’équité ; la participation et la durabilité. Ce partenariat se concrétise à travers plusieurs programmes comme Hijra wa Himaya+ et Himaya +.  

Le projet Hijra wa Himaya+ est développé par l’UNICEF avec le soutien de l’Union européenne. Il s’inscrit également dans l’appui de l’UE à la Stratégie nationale d’immigration et d’asile adoptée en 2014 par le Maroc, et s’aligne avec les principes de la Politique Intégrée de Protection de l’Enfance au Maroc et la mise en place des Dispositifs Territoriaux Intégrés de Protection de l’Enfance. Le projet assure la promotion des droits des enfants en situation de migration, accompagnés ou non accompagnés. Car chaque enfant, peu importe son genre, son âge, son ethnie, son origine nationale, sa culture, ses croyances religieuses, doit pouvoir bénéficier de tous ses droits et doit pouvoir être protégé.

Photo de formation en patisserie à un groupe de jeunes avec une fille, un formateur et deux garçons. Le formateur explique comment faire un gâteau

 

Pour les enfants en contact avec la loi, le projet Himaya+, mis en place en partenariat avec la Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des Détenus, agit pour la prévention des risques de récidive et le renforcement de la protection des enfants en contact avec la loi. La Fondation s’occupe du post-carcéral. Lorsqu’un enfant quitte le centre de détention, la Délégation Générale à l’Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR) envoie une liste détaillée de ces jeunes à la Fondation, qui ouvre un dossier pour un suivi sur 5 volets : le familial, la santé, l’enseignement ou la formation, l’emploi, l’administratif et le légal. La Fondation procède à un dispatching géographique aux Centres d’Accompagnement et de Réinsertion (CAR), commence alors la procédure Allô Moussahaba !

Allô Moussahaba ! Ce projet novateur qui a été instauré lors de la crise de la COVID-19 avait pour objectif de ne pas rompre le contact avec les enfants malgré le confinement. Cette plateforme a été maintenue par la suite, au vu des résultats positifs qu’elle a engrangé, elle a même été reconnu comme bonne pratique par l’UNICEF au niveau mondial[i].

Elle est composée d’assistantes sociales, de professionnels de la santé, de psycho-cliniciens, de professionnels de l’enfance en général, qui appelle les ex-détenus mineurs pour les accompagner selon un circuit préétabli qui comprend : le suivi par une assistante sociale dédiée, un suivi psychologique, un suivi des besoins de survie, et un accompagnement scolaire ou de formation et la médiation familiale. Tout est mis en œuvre pour empêcher la récidive, et favoriser la réinsertion.

Ainsi, les enfants en contact avec la loi ont accès à un dispositif spécifique d’expertise psychiatrique et sociale. Ils bénéficient également d’un conseil juridique approprié et spécifique. D’ailleurs, un programme novateur a été mis en place qui propose une formation aux jeunes avocats autour des particularités juridiques liées aux enfants sur le plan judiciaire, psychologique et sociale.  

Enfin, le but est de permettre la réinsertion des enfants en contact avec la loi pour une possible réhabilitation. Selon Fouad Ouali, Directeur de Projets à la Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des Détenus, cet accompagnement est crucial : « Il faut se mettre à la place d’un jeune qui sort de détention et qui ne voit aucune lumière devant lui, rien. L’effroi qu’il doit ressentir. Et là, il reçoit un appel de Allô Moussahaba ! où un professionnel demande de ses nouvelles et lui offre son aide ! ». Avant de poursuivre : « Les besoins de l’enfant sont des besoins immédiats auxquels il faut répondre d’urgence. Nous intervenons souvent dans l’urgence. L’enfant c’est maintenant ! ».

Pour finir, l’objectif des politiques qui concernent les enfants en contact avec la loi est de leur permettre de maintenir le lien avec leur milieu familial pour qu’ils puissent réintégrer rapidement leur foyer. La mise en place de la plateforme d’écoute et d’aide Allô Moussahaba ! ainsi que les actions de médiation familiale, convergent vers la réinsertion et une meilleure inclusion au sein de leur famille et dans la société. Car une société inclusive est celle qui va mettre à l’intérieur de ses frontières, de ses valeurs, tous ceux qui en font partie de droit. Dans une société inclusive, chacun à sa place !  Et comme le dit si bien John : « Mais pour cela il faut y croire et ne jamais perdre espoir ».

 


[i] https://www.unicef.org/media/93116/file/Release-Children-Deprived-Liberty-Morocco-2021.pdf.