Déclaration délivrée par S.E. Ms Elisabeth Moreno - 66e session de la Commission de la condition de la femme : déclaration d'ouverture
- Le texte prononcé fait foi -
Madame la Présidente,
J'ai l'honneur de m'exprimer au nom de l'Union européenne et de ses États membres, alors que nous sommes réunis ici en ces temps difficiles, marqués par des conflits et un recul des droits des femmes et des filles.
La Macédoine du Nord*, le Monténégro*, et l'Albanie*, pays candidats, la Bosnie-Herzégovine, pays du processus de stabilisation et d'association et candidat potentiel, ainsi que l'Ukraine, la République de Moldavie, et la Géorgie se rallient à la présente déclaration.
Tout d'abord, permettez-moi de souligner que l'UE et ses États membres sont totalement solidaires de l'Ukraine et du peuple ukrainien, notamment des femmes et des filles de ce pays. Ils font preuve de résilience et de courage face à une attaque militaire non provoquée et injustifiée de la part de la Russie. Les femmes ukrainiennes défendent courageusement leur pays et sont au cœur même de la réponse humanitaire, s’exposant ainsi elles-mêmes à un grand danger. Nous dénonçons et condamnons fermement tous les actes de violence sexuelle et de violence fondée sur le genre commis à leur égard.
L'UE et ses États membres condamnent avec la plus grande fermeté l'invasion militaire non provoquée et injustifiée de l'Ukraine par la Russie, qui constitue une violation flagrante du droit international et de la charte des Nations unies et porte atteinte à la sécurité internationale et à la stabilité au niveau mondial, ainsi qu'aux efforts et aux progrès en matière d'égalité de genre. Nous sommes extrêmement préoccupés par les nombreuses informations faisant état d'attaques russes visant des civils et des installations civiles, en particulier des hôpitaux, des crèches et des écoles, privant les femmes et les filles d’un accès aux services essentiels de santé et d’éducation. En 19 jours seulement, plus de deux millions et demi de personnes, principalement des femmes et des enfants, ont fui l’Ukraine.
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L'UE et ses États membres saluent le fait que la 66e session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies se concentre sur la question de l'égalité de genre dans le contexte de l'environnement, du changement climatique et de la réduction des risques de catastrophes. La poursuite des objectifs en matière d’égalité de genre et celle des objectifs environnementaux se renforcent mutuellement; la lenteur des progrès dans les actions en faveur du changement climatique, de la transition énergétique et de l'environnement ainsi que de la réduction des risques de catastrophes est un frein à l'égalité de genre, et inversement.
Nous tenons à souligner l'importance d'un cadre stratégique intégré et d'une approche des politiques et de la programmation fondée sur les droits humains et tenant compte de la dimension de genre. Compte tenu du pacte vert pour l’Europe et de l'engagement de l'UE en faveur d'une transition juste vers une économie énergétique neutre sur le plan climatique, associée à un cadre stratégique solide en matière d'égalité de genre, l'UE aborde cette session avec de grandes ambitions.
Nous nous sommes engagés à respecter les conventions et cadres internationaux qui régissent le développement durable, le changement climatique, l'environnement et la réduction des risques de catastrophes. Il s'agit notamment du programme de développement durable à l’horizon 2030, de l'accord de Paris, de la convention sur la diversité biologique, du cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe et du programme de travail renforcé de Lima de la CCNUCC sur le genre et de son plan d'action en la matière. L’UE appelle à un alignement étroit sur toutes les initiatives multilatérales pertinentes.
Compte tenu de ces engagements, l'UE reconnaît la nécessité d'une action décisive et ambitieuse pour faire face aux graves conséquences du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la dégradation de l'environnement sur les femmes et les filles. Les situations de crise et de catastrophe exacerbent les inégalités de genre préexistantes et augmentent les formes multiples et croisées de discrimination et de violence à l'égard de toutes les femmes et filles se trouvant dans des situations et conditions diverses, à savoir celles qui vivent dans la pauvreté, les femmes autochtones, les femmes des zones rurales, les femmes appartenant à des minorités ethniques, raciales et religieuses, les femmes handicapées, les femmes réfugiées et demandeuses d'asile, les femmes qui sont déplacées à l'intérieur de leur propre pays, apatrides et migrantes, les femmes jeunes et plus âgées et les femmes LGBTI, qui sont souvent touchées de manière disproportionnée.
Une action climatique intégrant la dimension de genre est essentielle pour s'attaquer aux causes sous-jacentes de la vulnérabilité au changement climatique, notamment au moyen d'un financement de l’action climatique et d'investissements dans les systèmes de santé qui prennent en considération la dimension de genre, en renforçant l'accès à des soins et à des services sociaux et sanitaires sûrs, disponibles, abordables, accessibles, de qualité, inclusifs et tenant compte de ladite dimension, y compris ceux liés à la santé mentale, à la santé maternelle et à la santé sexuelle et génésique. L'UE demeure attachée à la promotion, à la protection et au respect de tous les droits de l'homme et à la mise en œuvre pleine et effective du programme d'action de Pékin et du programme d'action de la conférence internationale sur la population et le développement, ainsi que des conclusions des conférences d'examen y afférentes et, dans ce contexte, elle reste attachée à la sante et aux droits sexuels et reproductifs. Dans cette optique, l'UE réaffirme sa détermination à promouvoir, à protéger et à faire respecter le droit de chacun d'être pleinement maître de sa sexualité et de sa santé sexuelle et reproductive et de prendre ses propres décisions librement et de manière responsable dans ce domaine, sans subir de discrimination, de contraintes ou de violence. L'UE souligne en outre qu’il est nécessaire de garantir un accès universel à des informations et à une éducation de qualité, abordables et complètes en matière de santé sexuelle et reproductive, notamment à une éducation sexuelle complète, ainsi qu'à des services de soins de santé.
Madame la Présidente,
Nous devons prendre des mesures pour éliminer tous les obstacles existants tout en renforçant les facteurs favorisant le leadership, la participation, l'action et l'expression des femmes et des filles, à part entière et de manière égale, effective et significative, à tous les niveaux de la prise de décision en matière d'environnement.
En cette Année européenne de la jeunesse, l'UE reconnaît et soutient tout particulièrement le rôle essentiel que les jeunes femmes et les adolescentes jouent l'action et la justice climatiques. Le leadership et la participation de l'ensemble des femmes et des filles sont essentiels dans toutes les actions liées à l'environnement et au changement climatique, ainsi que dans les mécanismes d'alerte précoce et d'anticipation en matière de réduction des risques de catastrophe. L'UE met l'accent sur le Forum Génération Égalité et soutient les efforts déployés par ONU Femmes pour stimuler un engagement et une participation significatifs des jeunes. Elle joue également un rôle crucial dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits et la consolidation de la paix sur des questions pertinentes d'un point de vue environnemental, pour une paix durable, dans la droite ligne des programmes Femmes, paix et sécurité et Jeunesse, paix et sécurité.
La lutte contre les normes sociales négatives, les stéréotypes de genre et les formes multiples et croisées de discrimination reste essentielle. Nous pouvons et devons en faire davantage pour accroître la participation et le nombre de femmes diplômées dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) afin d’augmenter le nombre de femmes possédant les qualifications requises dans les domaines et les professions scientifiques et technologiques. L'UE appelle également à soutenir l'accès des femmes à un travail décent et à l'entrepreneuriat, en particulier dans l'économie verte, bleue et circulaire. Il existe un potentiel important d'autonomisation économique des femmes dans la transition climatique et dans les technologies à faibles émissions.
L'UE et ses États membres soulignent également le rôle indispensable de la société civile, tant dans le contexte de l'égalité de genre que dans celui de l'environnement, du changement climatique et de la réduction des risques de catastrophe. L’UE reconnaît l’importance d’un soutien moral, politique et financier aux organisations de la société civile dans le domaine de l’environnement, aux groupes féministes et aux organisations et mouvements dirigés par des femmes, aux femmes défendant les droits humains et à celles défendant les droits humains en matière environnementale. Elles sont souvent particulièrement exposés aux menaces et aux attaques en raison de leurs activités, qui visent à permettre aux femmes et aux filles de jouir pleinement de leurs droits humains, notamment dans le cadre de leur lutte pour le droit à un environnement propre, sain et durable, ou pour une action et justice environnementale et climatique. L'UE dénonce fermement les attaques, la torture, l'intimidation et les meurtres dont sont victimes les défenseurs des droits humains en matière environnementale. Le rôle et la responsabilité du secteur privé d'agir conformément aux principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme sont primordiaux à cet égard.
Enfin, nous devons intégrer l'égalité de genre comme une priorité dans toutes nos actions en matière de climat et d'environnement. Ce n'est qu'en agissant ainsi que nous pourrons assumer nos responsabilités envers les générations actuelles et futures. Nous nous engageons à prendre des mesures audacieuses et à engager une collaboration stratégique pour relever ces défis. L'UE et ses États membres invitent le reste de la communauté internationale et nos partenaires à nous rejoindre dans cet effort.
Madame la Présidente,
Je souhaite vous remercier et terminer en citant la philosophe existentialiste, écrivaine, théoricienne sociale et militante féministe française Simone de Beauvoir, qui nous a autrefois rappelé que les droits des femmes et des filles doivent être défendus - chaque jour, partout. Dans le contexte du climat et de l'environnement aussi. Chaque fille, chaque femme a le droit non seulement de survivre, mais aussi de s'épanouir et de réaliser son plein potentiel. Avec cette citation, nous rendons hommage à l'ensemble de celles et ceux qui continuent courageusement à défendre les droits des femmes malgré l'opposition, les difficultés et les conflits:
«N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que des droits de femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant. »
* La Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie et l'Albanie continuent à participer au processus de stabilisation et d'association.