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Jeune Afrique - Josep Borrell : « L’Europe aura besoin du potentiel humain de l’Afrique »

13.02.2022

À quelques jours du prochain sommet UE-UA, les 17 et 18 février à Bruxelles, le chef de la diplomatie européenne rappelle l’interdépendance des deux continents, soulignée par la pandémie de Covid-19.

 

Interview complète publiée par Jeune Afriquehttps://www.jeuneafrique.com/1309509/politique/josep-borrell-leurope-aura-besoin-du-potentiel-humain-de-lafrique/?utm_source=twitter.com&utm_medium=social&utm_content=jeune_afrique&utm_campaign=post_articles_twitter_13_02_2022 

 

Presque six ans après la dernière édition de ce rassemblement à Abidjan, Bruxelles s’apprête à accueillir le sixième sommet entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA). À cette occasion, l’ancien ministre espagnol Josep Borrell, nommé en décembre 2019 haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, revient sur la stratégie africaine de l’UE. S’il reconnait l’existence d’un déficit de confiance renforcé par la pandémie de Covid-19, l’ex-président du Parlement européen (de 2004 à 2007) assure que les deux continents parlent toujours le même langage. Entretien.

 

I. L'Europe s'apprête à recevoir l'Afrique dans quelques semaines pour le 6ème sommet UE-UA. Avec quel agenda et quelles priorités ? Pensez-vous que ce sommet pourra avoir lieu en physique ?

À ce stade, l’ambition reste en effet d’avoir un sommet en présentiel, à Bruxelles. Dans le respect des règles sanitaires appliquées en Belgique. Avec un objectif très clair : faire – refaire – de l’Europe le partenaire de choix de l’Afrique. Donner un coup de souffle inédit à notre partenariat avec ce continent voisin, en identifiant des priorités communes autour desquelles concentrer les efforts dans les années à venir. Et, surtout, en identifiant des projets concrets témoignant de cette ambition pour les citoyens, tant africains qu’européens.

La priorité à court terme reste évidemment de mettre un terme à la pandémie et de poser les bases durables d’une reconstruction post-COVID-19. Mais la pandémie ne nous fait pas oublier les autres défis à moyen ou plus long terme que sont la transformation verte et digitale de nos sociétés ; la paix, la gouvernance et la stabilité ; ou encore le développement social et humain.

II. Un peu plus de quatre ans après le dernier sommet, et avec les difficultés dues à la pandémie, dans quel état est le dialogue entre l'Europe et l'Afrique ? Parlez-vous encore le même langage et avez-vous toujours les mêmes objectifs ?

La pandémie a montré, à ceux qui en doutaient encore, à quel point nos deux continents sont interdépendants. Pour le meilleur et pour le pire. Les problèmes de l’Afrique sont nos problèmes. Le terrorisme et l’insécurité ne connaissent pas de frontières. Ce qui se passe au Sahel se passe à nos frontières. Ce qui se passe dans la Corne de l’Afrique menace l’une des routes fluviales concentrant une grande part du commerce mondial.

Inversement, les opportunités de l’Afrique peuvent aussi être les nôtres. Le marché africain est jeune et dynamique ; il présente pour nos entreprises des opportunités uniques. Nos sociétés vieillissantes devront tôt ou tard faire appel à son potentiel humain. L’Afrique regorge de l’énergie renouvelable dont le monde a besoin. Etc. etc.

Ensemble, nous pouvons peser sur la marche du monde. Nous avons un potentiel de plus de 80 voix aux Nations Unies, et nous devons l’exploiter mieux dans le monde actuel.

III. La stratégie africaine de l'UE a été dévoilée en mars 2020, quelques jours avant l'arrivée de la pandémie. Est-elle encore valide ? Peut-elle s'adapter à ce nouveau contexte ? Tient-elle compte des attentes africaines, comme la prise en compte de la ZLECAF par exemple ?

Il a toujours été clairement dit que la stratégie que nous avons proposée en mars 2020, n’était qu’une proposition. Elle reste valable dans ses grandes lignes, mais la pandémie nous a évidemment forcés à nous adapter. La pandémie est venue renforcer des fragilités existantes et creuser les inégalités. Elle a aussi incontestablement renforcer une certaine forme de compétition géopolitique. Nous ne pouvons évidemment pas ignorer ce nouveau contexte inédit pour tout le monde. Ce qui est clair, en tous les cas, c’est que nous n’avons cessé depuis deux ans de parler avec nos partenaires africains sur les priorités que nous pourrions adresser mieux, et plus vite ensemble. Le Sommet précisera les choses encore davantage.

III. L'Europe semble souffrir d'un déficit de confiance aujourd'hui en Afrique, notamment sur la question migratoire. Comment restaurer cette confiance en général ?

Tant de choses ont été dites sur les relations entre l’Europe et l’Afrique. Tant de critiques récentes ont été formulées, parfois justes parfois injustes. Des incompréhensions subsistent et nous devons ensemble les adresser. La distribution trop lente des vaccins ou les interdictions de voyage prises à l’encontre de l’Afrique australe sont deux exemples récents.

Comme je le dis souvent, nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais nous sommes d’accord sur l’essentiel. Et cela doit nous permettre d’avancer ensemble. Ensemble nous sommes plus de 1,7 milliard de citoyens. Ensemble nous représentons 40% des États membres des Nations Unies. Ensemble nous pouvons peser sur la marche du monde et le faire évoluer vers un futur plus brillant. C’est sur cet essentiel que je voudrais que nous concentrions nos efforts.

Qu'est-ce que l'initiative Global Gateway signifie pour l'Afrique ?

L’objectif est de stimuler des connections intelligentes, propres et sécurisées dans les domaines du numérique, de l'énergie et des transports, et de renforcer les systèmes de santé, d'éducation et de recherche, d'une manière durable et fiable. En Afrique et partout dans le monde.

Il ne s’agit pas d’une initiative dirigée contre quelqu’un, mais d’une offre présentant une vraie valeur ajoutée pour les partenaires qui en voudront. Combinée aux nouveaux instruments financiers que nous avons mis en place, notamment les mécanismes de garanties, et au nouveau paradigme Team Europe qui tend à rassembler la force de frappe des institutions européennes, de nos États membres et de nos agences et banques de développement, ceci peut avoir un effet véritablement transformateur.