Discours de S.E. Mme Cécile Abadie, Ambassadrice de l’Union européenne à l’occasion de la présentation de la note de position sur la surpopulation carcérale
Monsieur le Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme,
Madame la Directrice Générale des Droits de l’Homme
Chers collègues de l’Equipe Europe,
Chers partenaires et membres de la société civile,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec une grande considération que je prends la parole aujourd’hui à l’occasion de cet événement de plaidoyer contre la surpopulation carcérale au Gabon, organisé dans le cadre du projet « Dignité en détention » financé par l’Union européenne.
Je voudrais d’abord saluer l’engagement de toutes celles et ceux qui œuvrent, souvent dans des conditions difficiles, pour défendre les droits et la dignité des personnes privées de liberté.
La question de la surpopulation carcérale est un défi majeur. Elle ne concerne pas seulement les établissements pénitentiaires. Elle interpelle notre conception même de la justice, de la dignité humaine et de l’État de droit. Lorsqu’un établissement accueille davantage de détenus qu’il ne peut en recevoir dans des conditions acceptables, les conséquences sont profondes : détérioration des conditions de vie, difficultés d’accès aux soins, risques sanitaires accrus, tensions sécuritaires, épuisement du personnel pénitentiaire, et affaiblissement des perspectives de réinsertion. Or, la privation de liberté décidée par la justice ne saurait signifier la privation de dignité, que nous devons garantir à toute personne, en toute circonstance.
La lutte contre la surpopulation carcérale suppose d’agir sur les causes structurelles : la détention préventive prolongée, l’engorgement des procédures, l’accès insuffisant à l’assistance juridique, ou encore le recours encore limité aux alternatives à l’incarcération lorsque celles-ci sont possibles.
Le projet Dignité en détention apporte, à cet égard, une contribution importante, en mettant cette question au cœur du débat public. La note présentée aujourd’hui nous rappelle que la liberté doit rester la règle et la détention l’exception dès lors que l’on aspire à être un État de droit. Elle rappelle également l’importance du respect des délais de jugement, de la tenue régulière des sessions criminelles, et du suivi rigoureux des dossiers. Elle nous interpelle sur le travail des personnels pénitentiaires, sur le défi de la réinsertion, de la prévention de la récidive
L’ambition portée par ce projet appelle un engagement collectif. Les autorités publiques, les magistrats, les avocats, les personnels de santé, les travailleurs sociaux, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux ont chacun un rôle essentiel à jouer.
Notre souhait est que cette note de plaidoyer soit largement diffusée pour une sensibilisation qui permette une évolution significative des conditions d’incarcération. Je remercie les autorités gabonaises, les acteurs de la chaîne judiciaire, l’administration pénitentiaire et les organisations de la société civile qui s’engagent avec les équipes mobilisées autour de ce projet. Cette collaboration permettra des solutions durables.
Je conclus en rappelant que l’Union européenne est attachée, en Europe, ou bien des défis restent à relever, au Gabon comme partout dans le monde, à la promotion des droits humains et à l’accès à la justice. En cette période ou les relations internationales sont de plus en plus transactionnelles, je voudrais affirmer que les valeurs et la solidarité ont toute leur place dans notre partenariat.
Merci de votre attention.