Mois de l'Europe : discours de l'Ambassadeur Raul Mateus Paula à l'occasion du cocktail de la célébration de la Fête de l'Europe

07.06.2021

 

Allocution de circonstance de M. Raul MATEUS PAULA,

Ambassadeur et Chef de la Délégation de l'Union européenne,

à l'occasion de la journée de l’Europe, célébrée à Brazzaville, le 27 mai 2021

  • Excellences, Mesdames, Messieurs, Cher(e)s invité(e)s, Cher(e)s ami(e)s

C’est un honneur et un grand bonheur pour moi, de vous recevoir ici aujourd’hui dans les jardins de la résidence pour célébrer ensemble la fête de l’Europe.

Mes pensées vont également à celles et ceux que nous aurions eu plaisir à accueillir, si la crise sanitaire ne nous obligeait à nous réunir en nombre plus restreint.

Nombreux sont en effet celles et ceux avec qui nous avons tissé des liens forts et confiants dans la mise en œuvre de notre partenariat.

Par les temps difficiles que nous connaissons, il reste toujours judicieux pour nous de remonter aux sources de l’unification européenne et l’acte fondateur que représente la déclaration de Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, prononcée, il y a maintenant 71 ans, le 9 mai 1950.

Même si les pays européens portaient encore les stigmates et ravages de la deuxième Guerre mondiale, l’idée audacieuse de mettre en commun la production du charbon et de l’acier aura été l’amorce d’une aventure inédite, porteuse de paix, stabilité et prospérité en Europe.

Les épreuves du monde actuel rendent plus nécessaire, encore d’en préserver tout l’esprit.

Continuer à mutualiser nos forces reste le meilleur moyen de répondre aux défis majeurs d’aujourd’hui, tant sur le plan européen que sur le plan multilatéral, plutôt que de céder à la tentation, ici et là, du repli sur soi et du chacun pour soi en se berçant de l’idée et de l’illusion qu’on peut s’en sortir mieux seuls qu’ensemble.

La pandémie actuelle et ses variants nous rappelle que la vaccination pour être efficace, devra avoir une couverture universelle et ne pourra se limiter à quelques pays qui en auraient les moyens, ni trop tarder dans sa mise en œuvre générale.

A cet effet, le sommet mondial sur la santé du 21 mai co-organisé par le Président du Conseil italien Mario Draghi, en tant que Président en exercice du G20 et la présidente de la Commission Européenne Ursula Von der Leyen, à Rome a permis de lancer les bases d’une plus grande solidarité sanitaire mondiale. Parmi les initiatives prises, figure une plateforme de financement dotée d’un milliard d’euros alloués à la BEI pour appuyer et améliorer la résilience des systèmes de santé en Afrique.

C’est bien là aussi, la prise de conscience à l’origine de l’initiative Covax que l’équipe Europe –UE et EM-soutient de toutes ses forces, avec un apport UE-EM, à ce jour, de 2,2 milliards d’euros.

L’Europe devenue le plus grand producteur de vaccins au monde, comme souligné par la présidente de la Commission européenne Mme Ursula Von der Leyen, a d’ores et déjà exporté, faut-il le rappeler, plus de 200 million de vaccins produits sur son territoire, à savoir autant que les quantités utilisées pour son propre compte.

Cette approche solidaire, tranche ainsi avec le choix d’une vaccination nationale, en préalable et avant toute exportation comme cela a pu être le cas par ailleurs.

Au Congo, dans un premier temps 420000 vaccins sont attendus dans le cadre de ce dispositif.

Le redéploiement de ces vaccins a pris un peu de retard pour mieux répondre, comme justement demandé par les autorités du Congo aux besoins d’adaptation des vaccins programmés, compte tenu de l’efficacité attendue par rapport aux variants et des contraintes logistiques de leur conservation.

De même, au 1er janvier 2021, l’équipe Europe avait déjà consacré plus de 26 mrds d’euros à l’aide apportée à ses partenaires dans le monde, soit 65 % d’un paquet, qui s’élève désormais à plus de 40 mrds euros, à savoir le double des 20 mrds d’euros initialement envisagés. Ainsi, ce sont des montants plus substantiels encore qui devraient contribuer à aider à la sortie de crise des pays les plus vulnérables qui subissent de plein fouet les chocs de la crise sanitaire.

En République du Congo, l’équipe Europe, a exprimé sa solidarité dès le début de la pandémie. En effet, plus de 2,6 mrds de FCFA d’ores et déjà libérée par l’UE et la France pour soutenir avec le concours de la croix rouge française et congolaise la capacité de riposte des autorités à l’épidémie.

En outre, un montant d’un milliard FCFA a été alloué par l’UE au PAM pour renforcer les chaînes de valeur de la filière manioc et contribuer ainsi à améliorer la sécurité alimentaire au Congo.

La Banque Européenne de l’Investissement a, de son côté, donné un nouvel élan aux mécanismes de crédit pour financer des activités de soutien au secteur privé au Congo et dans la sous-région et de nouvelles impulsions à la gouvernance digitale.

L’équipe Europe, faut-il le rappeler, est un des principaux contributeurs aux grandes initiatives globales, qui interviennent en complément aux aides bilatérales, telles que le Fonds Global sida, paludisme et tuberculeuse, le Fonds mondial pour l’éducation, GAVI ainsi que le soutien multilatéral à l’OMS pour préparer les plans de réponse à la crise sanitaire et améliorer la capacité des systèmes de santé, dont le Congo est bénéficiaire. 

  • Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi de revenir aux sources de la construction européenne, et à cette occasion avec, pour moi le grand plaisir de saluer les ambassadeurs de quatre des six pays fondateurs, Allemagne, Belgique, France et Italie, avec également de chaleureuses pensées pour nos collègues présents à Kinshasa.

Le chemin parcouru n’est pas des moindres et sans vouloir être exhaustif il suffit de citer la mise en place d’une Union douanière et d’un marché intérieur, aujourd’hui de près de 450 mi0 d’habitants, avec la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes, la création d’une Union économique et monétaire ainsi qu’avec le traité de Lisbonne la mise en place d’une Politique Extérieure et de Sécurité Commune, et l’institutionnalisation de deux fonctions essentielles : un Président permanent du Conseil européen et un Haut Représentant en charge de la politique extérieure.

Le Service extérieur d’action commune de l’UE que j’ai l’honneur de servir sous l’autorité du Haut Représentant Mr BORREL, vient d’ailleurs de fêter le dixième anniversaire de son lancement officiel le 1er janvier 2011.

L’Union Européenne au-delà de ses politiques internes, se veut davantage encore un acteur global majeur sur le plan international, en se positionnant en avant garde de la transition vers l’économie verte, du digital, de l’innovation et de la recherche scientifique ; c’est bien dans cet élan que des programmes tels que Erasmus et Horizon 2020, seront appelés à être renforcés.

Dans ce monde en pleine mutation, l’Afrique, premier grand voisin de l’Europe demeure naturellement une priorité absolue, comme ambitionné avec le nouveau cadre renforcé du partenariat stratégique Afrique Europe.

En témoigne aussi le choix des dirigeants de l’UE à peine nommés suite aux dernières élections du Parlement Européen, la Présidente de la Commission européenne Mme Ursula Von der LEYEN, le Président du Conseil Européen, Charles MICHEL et le Haut Représentant Mr BORREL de consacrer leur première visite extérieure au siège de l’Union Africaine.

  • Excellences, mesdames, messieurs,

Ici en République du Congo, et s’agissant du 11ème FED, dernière programmation avant la nouvelle ère Post Cotonou, ce sont des axes forts qui ont été privilégiés comme l’appui au climat des affaires et diversification économique, l’environnement, forêts et aires protégées, ainsi que l’appui à la gouvernance, société civile et culture.

Sur le plan institutionnel le nouvel accord dit « post Cotonou » a été finalisé et paraphé le 15 avril dernier par la commissaire aux partenariats internationaux Mme URPILAINEN et le ministre des affaires étrangères togolais Robert DUSSEY, après trois ans d’intenses négociations.

Une fois ratifié et entré en vigueur, il devrait consolider le cadre de coopération le plus ambitieux jamais institué à l’échelle internationale, liant les 27 pays de l’UE aux 79 pays de l’Organisation des Etats d’Afrique, Caraïbes et Pacifique, représentant un bloc de 1,5 milliards d’habitants et plus de la moitié des sièges des Nations Unies.

L’Accord de Cotonou quant à lui, prolongé jusqu’en novembre de cette année, permettra d’assurer la continuité dans l’attente du parachèvement du processus de ratification.

Un nouvel instrument de coopération de l’UE est créé. Il remplacera le Fonds européen de développement, bien connu sous son sigle « FED », qui a financé la coopération de l’UE avec les pays ACP au cours des derniers 60 ans.

Nous ne connaissons pas encore les allocations pays par pays de ce nouvel instrument, mais la bonne nouvelle est que, malgré le Brexit, l'enveloppe budgétaire pour les programmes en faveur de l’Afrique sub-saharienne a augmenté pour dépasser les 29 milliards d'euros. 

L’Union Européenne et ses Etats membres suivent avec intérêt et attention le processus engagé par l’Union Africaine pour la mise en œuvre d’une Zone de Libre Echange Continentale qui contribuera à développer les échanges commerciaux entre les différents pays et régions du continent. La stratégie Afrique Europe ne manquera pas de donner des impulsions pour dynamiser et donner corps à ce projet de grande envergure.

Dans ce contexte, c’est avec justesse que, Mme Chrysoula ZACHAROPOULOU (membre du Parlement Européen et rapporteur pour Post Cotonou) a mis en exergue que (permettez-moi de la citer) :

« L’Afrique, dans sa diversité et sa volonté de libérer le formidable potentiel de ses talents, aura un impact décisif sur l’avenir du monde. Nos amis africains sont nos alliés et tous les Européens doivent comprendre l’importance et la chance que représente ce partenariat pour nous. Ce Parlement souhaite un partenariat centré sur les relations humaines, qui débute par un renforcement des systèmes de santé en Afrique. Nous devons aussi mettre en œuvre un pacte vert UE-Afrique. Pour réussir, nous aurons besoin que les 27 Etats membres, et pas seulement quelques pays européens, s’investissent activement dans ce partenariat ».

C’est sur la base de ce nouvel environnement institutionnel et cadre stratégique englobant un grand nombre des axes majeurs tels que l’économie verte, environnement durable et emploi, digital, gouvernance, paix, sécurité et stabilité, d’ores et déjà initiés dans le partenariat entre la République du Congo et l’Union Européenne que de nouvelles impulsions seront données.

Face au défi majeur de la relance des économies dans un monde post Covid, c’est à une crise économique et financière sans précédent, qu’un pays comme le Congo a à faire face. En effet, le poids accru de sa dette, rend d’autant plus fondamental la mise en œuvre des réformes nécessaires à l’amélioration du climat des affaires pour attirer des investissements et accélérer la diversification d’une économie largement dépendante des énergies fossiles.

C’est une crise grave mais comme toute crise, elle représente également une opportunité pour permettre au gouvernement nouvellement nommé de s’atteler aux réformes énoncées par le Président SE Denis SASSOU NGUESSO : transparence des finances publiques, lutte contre la corruption, amélioration de la justice et renforcement de l’état de droit sont des axes prometteurs pour créer ainsi les conditions et opportunités d’un développement durable, vert et respectueux de l’environnement en offrant des opportunités d’emploi aux jeunes et à l’ensemble de la population.

Pour rappel, L’UE et ses EM ont plaidé dans le cadre du G20 et des instances internationales, en faveur d’un moratoire de la dette, appliqué de facto par le club de Paris, voire d’un effacement de la dette. Ces efforts sont à poursuivre et devraient contribuer à une amélioration des équilibres macroéconomiques, d’où l’importance qu’ils soient accompagnés des réformes attendues.

A cet égard, des nouveaux dispositifs de financement ont été avancés lors du sommet de Paris du 18/5 sur le financement des économies africaines dans la perspective de la sortie de la crise sanitaire, auquel a participé SE le Président de la République du Congo.

Tous nos instruments seront mobilisés pour soutenir les réformes qui seront engagées, comme assuré par la Présidente de la Commission européenne dans sa lettre adressée à SE le Président de la République à l’occasion de sa réélection.

La définition en cours des priorités et actions du nouveau programme pour les 7 ans à venir en s’inspirant des priorités définies dans le cadre du nouvel accord, et en s’alignant sur les priorités nationales telles que déclinées dans le PND en sera l’un des socles centraux.

Un accent tout particulier continuera d’être porté sur la promotion de la diversification économique et la création d’emplois durables, les questions environnementales et le changement climatique ainsi que sur l’essor de l’économie numérique, les droits de l’homme et la question centrale de l’égalité homme femmes ainsi que la coopération étroite avec la société civile.

  • Excellences, Mesdames, Messieurs, Chers amis

L’aventure européenne se poursuit.

Une nouvelle étape vient d’en être esquissée le jour de la fête de l’Europe, le 9 mai dernier à Strasbourg, avec le lancement de la conférence sur l’Avenir de l’Europe en présence du Président Emmanuel MACRON et des Présidents du Conseil, du Parlement européen et de la Commission européenne.

Avec l’organisation de consultations citoyennes, la tenue de nombreux débats et conférences tout au long des mois à venir, sur les thématiques européennes, c’est une réflexion d’ensemble et en profondeur qui est d’ores et déjà engagée sur de possibles réformes pour un meilleur fonctionnement de l’UE dans un monde de plus en plus complexe et en proie à de grands défis, tels que la sortie de la pandémie, le changement climatique, la paix et la stabilité.

Nous pouvons en être convaincus, l’Europe solidaire et le partenariat avec l’Afrique et le Congo ne pourront qu’en sortir renforcés.

En conclusion, permettez-moi de porter un toast à l’amitié avec le Congo et l’Afrique.

Vive le partenariat Union Européenne avec l’Afrique et le Congo.