Tribune conjointe de l’Equipe Europe en République du Congo à l’occasion de la célébration de la « Journée de l’Europe »
Pendant plus de sept décennies, l’Union européenne (UE) a globalement su préserver cette paix et construire la prospérité qui en a découlé. A l’extérieur de ses frontières, elle a progressivement mis en place un large éventail de politiques et d’instruments lui permettant de mener des actions d’envergure en matières de diplomatie, de commerce, de développement économique, de lutte contre le changement climatique ou encore de recherche et d’innovation, faisant aujourd’hui de l’Europe, première économie du monde, une puissance globale respectée et bienfaisante et le premier partenaire au développement et en urgence humanitaire. En étant distingué du Prix Nobel en 2012, le projet de paix de l'UE, réalisé par des moyens pacifiques et fondé sur des valeurs partagées, a été reconnu parmi l’un des plus réussi de l'histoire de l'humanité.
Aujourd’hui, au cœur du continent européen, monte la menace d’un embrasement mondial. Depuis le 24 février dernier, l'invasion armée non provoquée de l'Ukraine par la Russie a déclenché, à travers le monde, une véritable onde de choc. Ce jour-là, la Russie, puissance nucléaire, a décidé, au mépris de tous les efforts de conciliation et de dialogue réalisés par nombre de pays et d’organisations, d’attaquer un pays voisin souverain, pacifique et démocratique, qui ne l'avait pas menacée ni provoquée, causant des dégâts matériels immenses et la mort d’innombrables victimes civiles. Cet acte de guerre constitue une violation caractérisée du droit international et des principes fondamentaux de la coexistence humaine, condamnée le 02 mars par la quasi-totalité des pays de la planète. Il ne s’agit pas uniquement du dessein délibéré et irresponsable des dirigeants russes de ramener la guerre en Europe et de mettre ainsi en péril sa sécurité. Il s’agit également d’un bouleversement extrêmement préoccupant de l'ensemble du droit international patiemment et laborieusement forgé par les Nations Unies au sortir du cataclysme de la seconde guerre mondiale, et sur des décennies, précisément en vue qu’il ne se répète jamais.
L'UE et ses partenaires ont déjà imposé des sanctions massives, d’une ampleur inédite, à la Russie qui ciblent ses dirigeants, ses élites corrompues et autocratiques et les secteurs stratégiques de l'économie dirigée par le Kremlin. Le but n'est pas de nuire au peuple russe qui, dans son immense majorité, a manifesté avec un courage que l’UE salue, son opposition à cette guerre injustifiée. Il s’agit, par ces sanctions ciblées, d'affaiblir la capacité du Kremlin à financer, et donc à poursuivre son agression armée contre l’Ukraine. A l’instar de nombreux dirigeants européens et internationaux, Josep BORRELL, Haut-Représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a rappelé combien il était urgent de se lever et de parler. « La force » a-t-il déclaré, « ne fait pas le droit. Ne le fera jamais. Ne le sera jamais ». Il a invité la communauté internationale à se tenir ensemble « du bon côté de l'histoire face à l'horrible attaque de la Russie contre un pays libre et souverain ». C’est à ce titre que l'UE et ses Etats membres ont tenu à réaffirmer leur ferme engagement à soutenir l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine.
Dans ce contexte de guerre et de risque d’embrasement, l’UE a-t-elle perdu de vue ses autres priorités ? Evidemment, non. Même si la guerre russe en Ukraine est bien naturellement au cœur de nos préoccupations quotidiennes, nous restons mobilisés auprès de nos partenaires à travers le monde. C’est notamment le cas avec le continent africain avec lequel, nous entretenons un lien privilégié.
Le Sommet UE-UA organisé les 17 et 18 février dernier à Bruxelles nous a rappelé combien il était vital pour nos deux continents voisins, européen et africain, de regarder dans la même direction. Dans la tribune conjointe qu’ils ont signée en amont du Sommet, Macky SALL, Président en exercice de l’Union africaine (UA) et Charles MICHEL, Président du Conseil européen, nous l’ont clairement rappelé. Du fait de notre proximité géographique et des liens humains et économiques extrêmement forts que nous entretenons, la paix et la stabilité de nos deux continents, mais aussi leur développement équilibré et durable sont interdépendants. Ce qui se passe sur le continent européen a forcément des répercussions en Afrique, et réciproquement. L’augmentation des cours mondiaux de certaines matières premières, en particulier alimentaires, due à la guerre en Ukraine en est une parfaite illustration. Au moment du Sommet de Bruxelles, la montée des tensions à la frontière russo-ukrainienne a ravivé la crainte des risques de confrontation dans le monde. C’est à ce titre que les dirigeants africains et européens ont souligné la nécessité d’une relation plus étroite entre l'Afrique et l'Europe, afin de mieux travailler, ensemble, à l'avènement d'un monde meilleur et plus sûr, pour tous.
Entre les deux continents, existent à l’évidence des complémentarités exceptionnelles en matière de créativité et de dynamisme, de capacités d’investissement, de ressources naturelles et de savoir-faire technologique, pour avancer ensemble sur le vaste chantier commun de la lutte contre la pauvreté et le changement climatique au bénéfice équitable et durable de l’ensemble de leurs peuples. En tenant compte des grandes possibilités dont disposent chacun de nos deux continents, Nous Union européenne et Etats Membres, voulons non seulement continuer de projeter avec confiance et assurance notre rôle d'acteur mondial et bilatéral de premier plan mais aussi et surtout, de poser avec l’Afrique les bases communes d'un partenariat renouvelé. Un partenariat mutuellement respectueux pour la croissance, la prospérité partagée et la stabilité, la lutte contre le changement climatique et les crises sanitaires.
En République du Congo, dans le cadre de l’instrument financier « Global Europe », les nouveaux financements de l’Union européenne à hauteur de 73 millions € octroyés (2021-2024) soutiendront, en parfaite cohérence et en synergie avec les actions bilatérales des Etats membres, notre ambition commune pour des actions ciblant en priorité :
- la gouvernance économique et la transition vers une économie verte, diversifiée et digitalisée ;
- la gestion durable des ressources naturelles et des écosystèmes, la préservation de l'environnement et la lutte contre le changement climatique ;
- la démocratie, les droits Humains et la gouvernance participative avec, au cœur de ces actions, les jeunes, les femmes et, de manière plus générale, les organisations de la société civile.
Les initiatives en format Equipe Europe, notamment, l’Initiative européenne pour les forêts est particulièrement significative afin de mobiliser les contributions européennes et de constituer un nouveau partenariat pour les forêts qui a pour ambition de renforcer notre coopération dans ce secteur important pour le Congo, en améliorant la gouvernance forestière, en incitant le développement d’une économie forestière durable et créatrice d’emploi, et en promouvant la préservation de la biodiversité des écosystèmes forestiers.
Au travers des priorités ainsi définies et des actions qui seront effectivement développées au cours des prochaines années, l’Union européenne et les Etats Membres souhaitent réaffirmer leur place de partenaire privilégié avec la République du Congo dans tous les secteurs d’intérêt mutuel, dans des domaines tels que la gouvernance démocratique et le respect de l’Etat de droit, la gouvernance forestière ou encore la transition économique. Nous souhaitons également aller plus loin dans le partenariat en renforçant sa dimension politique, et les synergies dans des secteurs cruciaux tels que l’économie numérique et la promotion de la digitalisation et des énergies renouvelables.
Nous disons haut et fort : l’Europe est plus forte avec l’Afrique et l’Afrique est plus forte avec l’Europe. L’Europe est plus forte avec le Congo et le Congo est plus fort avec l’Europe !
Les Chefs des missions diplomatiques de l’Union européenne en République du Congo Giacomo DURAZZO, François BARATEAU, Wolfgang KLAPPER, Luigi DIODATI, Jean-Paul CHARLIER