“Pour la première fois, je me suis senti écouté.”
A Labé, Thierno, est un adolescent de 19 ans qui a déjà fait du chemin. Le jeune homme commettait régulièrement des actes de violence lors des manifestations qui secouent encore la ville aujourd'hui en raison de dissidences politiques.
“Nous placions des barricades, brûlions des pneus et jetions des pierres aux forces de l’ordre, jusqu'à ce qu’ils se retirent. Puis, retranchés derrière les barricades, nous forcions les gens à payer pour passer de l’autre côté. Je rentrais chez moi avec les poches pleines alors que j'étais parti sans un sou,” explique Thierno.
Un jour, un ami d’enfance propose à Thierno de participer à une activité de Search pour la création d’un club en vue de promouvoir la paix en milieu scolaire. A contrecœur, l’adolescent finit par se laisser convaincre. Une fois sur place, il se passe quelque chose d’inattendu. “Pour la première fois, je me suis senti écouté. Cela peut paraître simple, mais c’est ce qui a été l'élément déclencheur de mon changement. J’ai pu sortir ce que j’avais dans le ventre, ce qui me faisait souffrir. Ecouter quelqu’un, c’est lui donner de la considération, le faire exister,” dit-il.
De là, Thierno laisse les échauffourées et saute sur l’occasion de s’engager dans un nouveau parcours de vie. Jour après jour, il enrichit ses connaissances et crée de nouvelles amitiés. “J’ai suivi avec ardeur toutes les formations. Une fois à la maison, je relisais tous les documents sur ce que nous venions d’apprendre sur le leadership, la transformation des conflits, le dialogue et la tolérance,” dit-il. Cet enthousiasme ne passe pas inaperçu et Thierno est élu président du club de paix scolaire, créé dans le cadre du projet Unis dans nos différences et financé par l’Union européenne.
A travers le club, Thierno retrouve cet espace propice à l'écoute et au changement découvert lors de sa première activité. Son nouveau rôle lui permet également d’appliquer ses nouvelles compétences, entre autres, lors de l’animation de conférences éducatives sur la communication positive et le leadership des jeunes. En outre, il participe à la mise en place d'un projet de conférence-débat intitulé "l'école sans violence".
“Récemment, un conflit entre un lycée et un collège a éclaté. Cela a dégénéré en jets de pierres, en voitures cassées, et des personnes ont même été blessées. Nous avons su réunir les deux parties, les écouter, et les aider à trouver un terrain d'entente. C’est à nous les élèves de résoudre ces problèmes avant qu’ils ne prennent encore plus d’ampleur,” explique-t-il.
Désormais, Thierno considère que son passé de fauteur de troubles est loin derrière lui. Il est reconnu à travers la ville pour son engagement en faveur de la cohésion sociale et aspire à être un modèle pour la jeunesse. “Mes fréquentations m’avaient façonné en un jeune homme violent. Mais maintenant, c’est l’inverse. Je parle de paix à mes amis dès que nous sommes réunis et eux aussi ont changé,” dit-il.
Aujourd'hui encore, l'attitude positive du jeune homme est au rendez-vous. Cette influence qu'il exerce sur ses pairs lui redonne espoir en l'avenir et en la jeunesse guinéenne qui en est indissociable. “Je veux continuer à faire vivre le club de paix scolaire au-delà du projet. Les jeunes d’aujourd’hui sont les leaders de demain. S'ils continuent à grandir avec cette violence en eux, plus tard, ils en deviendront les instigateurs. Le changement est possible pour tout un chacun si nous leur donnons aussi la chance,” conclut-il.
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Dans le cadre du projet "Unis dans nos différences" financé par l'instrument de stabilité et de paix de l'Union européenne (IcSP), 40 clubs de paix ont été créés dans des écoles secondaires, des communautés et des universités de tout le pays. Dans la ville de Labé, le club est dirigé par de jeunes leaders formés à la transformation des conflits, au leadership des jeunes et aux techniques d’animation. Il offre un espace de socialisation positive où les étudiants et d'autres jeunes peuvent discuter de questions liées à la prévention de l'extrémisme violent afin d'accroître leur résilience et celle de leurs pairs face à l'incitation à la violence et à la haine. |