Message de Josep Borrell concernant le décès de Jacques Delors

Le Président Jacques Delors est mort.

Il était le dernier des Pères de l’Europe encore vivant. Ses 10 ans en tant que Président de la Commission européenne entre janvier 1985 et janvier 1995, ce que certain ont appelé la « grande décennie de l’Union Européenne ”, ont posé les bases de l’Union telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le marché unique, l'euro, Schengen, les élargissements successifs et le programme Erasmus, les fonds de cohésion et le dialogue social européen sont quelques-unes de ses réalisations les plus importantes sur le chemin de l'intégration européenne.

C’est à lui que l’on doit « l'Union européenne » avec le traité de Maastricht, bien qu'il ait toujours préféré le terme de « Communauté » à celui « d'Union ». C'est lui qui a également voulu une politique étrangère commune européenne, bien qu’il regrettât que l’on ne soit pas allé aussi loin qu’il l’espérait dans ce domaine.  

Socialiste catholique convaincu, ami du Chancelier Kohl et du Président Mitterrand, il a façonné l'amitié franco-allemande qui a été le moteur de l'Europe pendant de nombreuses années. Il rêvait d'une Union politique même s’il était parfaitement conscient que l'Europe ne pouvait avancer que par de petits pas. Il a été haut fonctionnaire mais il a eu une influence politique surprenante, il côtoyait les politiques mais restait un grand commis d’état, et il a dédié toute sa vie à l’action politique au service d’une Europe qu’il aurait voulu, j’en suis sûr, plus sociale.

Concret et visionnaire en même temps, dans son équipe sont passés de grands européens qui ont contribué à construire une Europe meilleure et ambitieuse. Delors a voulu le marché unique européen, a abattu les frontières, et posé les bases d'une union politique. Tout ce que nous avons aujourd'hui, il l'avait initié avec l'Acte unique puis avec le Traité de Maastricht.  

Dans une grande interview donnée en 2016, il se remémorait la décision de créer un pilier de politique étrangère dans le cadre du Traité de Maastricht, avec ces mots : "on n’est pas obligé d’avoir une armée européenne tout de suite, mais si on élève la voix en matière de politique étrangère commune et qu’on n’a pas d’instruments…".  Toujours insatisfait, il ajoutait " nous aurions pu faire mieux". Oui, nous pouvons et devons faire mieux.

En 1991 il avait dit que le monde faisait face à de nouveaux risques : la montée des idéologies d’exclusion, le nationalisme, l’intégrisme islamique. Ces questions restent d'actualité aujourd'hui. C'est à nous de relever le défi de son engagement et de suivre son exemple européen. C'est à nous maintenant de poursuivre l’héritage d’un leader qui a su unir la force de la conviction et de l’action pour bâtir une Europe plus forte et plus unie.

Josep Borrell