Déclaration au nom de l'UE: Débat ouvert du Conseil de Sécurité des Nations unies Coopération entre les NU et les organisations régionales et sous-régionales
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’UE et de ses États membres.
L'ancienne République yougoslave de Macédoine*, le Monténégro*, la Serbie* et l'Albanie*, pays candidats, la Bosnie-Herzégovine, pays du processus de stabilisation et d'association et candidat potentiel, ainsi que l'Ukraine, la République de Moldavie et la Géorgie se rallient à la présente déclaration.
1. Au vue des traumatismes et des souffrances causés par les conflits dans le monde entier, dès le premier jour de son mandat le Secrétaire général a appelé "à davantage d'efforts diplomatiques pour mettre un terme aux crises". Il a ainsi rappelé cette année que "la prévention, la résolution des conflits et la consolidation de la paix sont et resteront des priorités absolues de l'ensemble du système des Nations unies".
2. En réponse à son appel, nous avons concentré nos efforts sur l’importance cruciale de la prévention lors de plusieurs rencontres de haut niveau, tels que la Réunion de haut niveau sur la consolidation et la pérennisation de la paix, ainsi que le Sommet Nelson Mandela pour la paix. Dans la Déclaration politique que nous avons adoptée à l’unanimité à cette occasion, nous avons exprimé notre plein soutien aux "travaux de l’Organisation des Nations unies et mettons tout en œuvre pour soutenir les processus de paix, la prévention et le règlement des conflits, la consolidation de la paix et la reconstruction et le développement post- conflit". Nous avons également salué la création du Comité consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation et "entendons soutenir les contributions qu’il apportera, à l’avenir, au maintien de la paix et de la sécurité internationales et à la prévention des conflits armés, notamment en usant de ses bons offices".
3. La paix, la prévention des conflits, la poursuite de la promotion et la protection des droits de l’homme, constituent des priorités de l'UE. Ces principes se trouvent au cœur du multilatéralisme. Dans ce contexte, je voudrais axer mon intervention sur la première question directrice de la note conceptuelle établie par la présidence. Celle-ci traite de la manière dont les Nations unies, les États et les organisations sous-régionales et régionales peuvent renforcer leur coopération de manière pragmatique en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits.
4. La prévention des conflits et la consolidation de la paix se trouvent au cœur de l’action extérieure de l’UE. La vision stratégique de l’UE consiste à soutenir le système multilatéral et à unir nos forces avec celles des partenaires à travers la coopération internationale. L’UE et les Nations unies coopèrent de longue date dans le domaine de la prévention des conflits, y compris en matière de soutien à la médiation. Nous avons instauré un dialogue sur la prévention des conflits, axé sur les questions tant thématiques que géographiques. Nous avons également engagé des dialogues similaires avec d’autres partenaires, notamment l’Union africaine, ainsi qu’avec l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. En octobre 2018, l’unité du soutien à la médiation des Nations unies et l’équipe d’appui à la médiation de l’Union européenne ont organisé conjointement un séminaire informel à propos des structures de soutien à la médiation dans les organisations internationales. Cela a permis de faire le point, d'échanger des expériences et de discuter des possibilités de missions communes.
5. Nous continuons à examiner la complémentarité de nos actions pour améliorer leur impact sur le terrain. Ces priorités s’inscrivent dans le cadre plus large du partenariat UE-Nations unies au sein duquel nous poursuivons la promotion d'un ordre international fondé sur la règle de droit, moyen le plus efficace de renforcer la prévention, la gestion et la résolution des conflits. Dans le cadre de notre coopération stratégique, la 24eme réunion du Comité de pilotage UE-NU sur la gestion des crises a abouti la semaine dernière, à identifier huit domaines d'action prioritaires pour les trois prochaines années (2019-2021). Ces priorités sont alignées avec les efforts de réforme des NU, en particulier l'initiative Action pour le Maintien de la Paix. La primauté du politique constitue le fil rouge de notre partenariat, avec la prévention des conflits comme principe directeur. Dans ce contexte, le renforcement du recours aux instruments préventifs dans le cadre des opérations de paix, tels que la médiation, les systèmes d'alerte rapide, la coordination des messages politiques et la communication stratégique figurent en bonne place. Dans tous ces domaines prioritaires, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, du droit international humanitaire et la mise en œuvre du programme Femmes, paix et sécurité demeurent incontournables.
6. Au-delà de tous ces efforts, il nous est encore possible de gagner en efficacité. Chacun d’entre nous a noué des relations fortes avec des organisations internationales et régionales, comme l’Union africaine. Les partenariats constituent en effet un levier pour atteindre nos objectifs communs. C'est ainsi que lors de la réunion trilatérale Union africaine-Union européenne-Nations unies nos dirigeants ont décidé d’accroître et d'élargir la coopération trilatérale aux niveaux politique, économique et opérationnel: dans le domaine de la paix et de la sécurité, y compris la prévention des conflits et la médiation; dans la mise en œuvre de l'Agenda 2030 pour le développement durable et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine; et pour une croissance inclusive et durable, la promotion des droits de l’homme et la lutte contre le changement climatique.
7. Ensemble, nous nous efforcerons de traduire nos priorités communes en actions concrètes, en renforçant et en rendant plus opérationnelle notre coopération, comme le préconise également la réunion conjointe du CPS de l’UA avec le COPS de l’UE du mois d’octobre dernier. Au cours de l’année écoulée, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté des mandats appelant à des évaluations conjointes des risques liés à la sécurité climatique, en particulier en Afrique. De même, le COPS de l’UA et le Conseil de l’UE ont tous deux confirmé le lien entre le climat et la sécurité. En collaborant dans l’ensemble des organisations régionales et internationales pour analyser et évaluer les risques, nous pouvons nous assurer que nous disposons du même point de référence en la matière.
Monsieur le Président,
8. L’instabilité ne résulte plus seulement des conflits ouverts. Elle résulte aussi de plus en plus de l'insatisfaction des attentes politiques et économiques d'une population à la fois jeune et en pleine croissance, auxquelles s'ajoutent entre autres des défis tels que l’extrémisme violent et la criminalité organisée. Nous devons continuer à mettre l’accent sur l’émancipation des femmes et des jeunes, le renforcement de la cohésion sociale tout en répondant aux situations de fragilité. Nous devons également nous consacrer davantage au renforcement du lien entre la consolidation de la paix et l’engagement des populations locales, notamment à travers les organisations de la société civile sur le terrain. Notre action doit s’adapter à cette nouvelle réalité et tenir compte de la dynamique complexe des conflits en adoptant une approche intégrée qui s'applique à toutes les phases du cycle du conflit.
9. Au-delà de notre ambition de consolidation de la paix, nous devons également avoir pour objectif de rendre la paix «durable», notamment dans la poursuite de nos engagements en faveur de l'Agenda 2030. Le développement économique inclusif et le renforcement de la résilience sont au cœur de la prévention. Notre coopération avec les Nations unies et la Banque mondiale sur les évaluations communes pour le relèvement et la consolidation de la paix dans un certain nombre de pays en situation post-conflit est à cet égard une évolution prometteuse.
10. Le Consensus européen pour le développement, conformément à l’Agenda 2030, considère la paix comme une des principales priorités. Le Communiqué conjoint UE-Nations unies signé en septembre, met quant à lui l'accent sur le renforcement du lien entre l’aide humanitaire et le développement et sa relation avec la pérennisation de la paix. Les efforts déployés conjointement par l’UE et les Nations unies doivent s’attaquer aux causes profondes des conflits et favoriser la stabilité économique et sociale.
11. La nouvelle dynamique de réforme des Nations unies vise à assurer une meilleure articulation entre les piliers de la paix et de la sécurité, du développement et des droits de l’homme. Dans ce cadre, nous attachons une grande importance à la mise en œuvre des recommandations du SG sur la consolidation et la pérennisation de la paix. Nous tenons également à souligner la nécessité de mettre à profit au maximum le rôle de fédérateur de la Commission de consolidation de la paix, ainsi que son rôle consultatif auprès du Conseil de sécurité.
12. La Charte nous encourage à prendre des mesures collectives efficaces et à poursuivre une coopération internationale pour renforcer la paix universelle. A cette fin et dans l’intérêt des générations présentes et futures, nous tenons à souligner une fois de plus la nécessité d'œuvrer à la création de nouveaux partenariats de manière efficace et harmonisée et en étroite collaboration avec les principaux partenaires internationaux et régionaux.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
* L'ancienne République yougoslave de Macédoine, le Monténégro, la Serbie et l'Albanie continuent à participer au processus de stabilisation et d'association.