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Discours de la HR/VP Mogherini lors de la session plénière du Comité économique et social européen

17.10.2018
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Discours de la HR/VP Mogherini lors de la session plénière du Comité économique et social européen

Text

Seul le texte prononcé fait foi.

 

Merci Luca [Jahier, président du Comité économique et social européen].

C'est vraiment un plaisir de se retrouver entre amis, de revoir un ami comme toi – Luca et moi nous connaissons depuis de nombreuses années, une amitié qui remonte à notre passé en Italie. Mais c'est surtout un plaisir de revenir ici, d'échanger avec vous et, plus que tout, d'écouter votre point de vue sur notre politique étrangère et de sécurité commune, notre politique extérieure européenne.

Je suis heureuse de me retrouver ici avec vous, car comme vous le savez peut-être, mon passé, mes racines appartiennent au secteur des ONG et à la société civile. Et c'est peut-être pour cela qu'il a toujours été clair pour moi que la politique étrangère n'est jamais simplement une affaire des gouvernements. Je pense que c'est encore plus vrai aujourd'hui: à eux seuls, les gouvernements et les institutions ne pourraient jamais mener une politique étrangère efficace; cela ne fonctionnerait pas, tout simplement. Pour cela, il faut des ONG, des organisations de la société civile, des entreprises privées – qu'elles soient grandes, petites, moyennes ou qu'il s'agisse de microentreprises – des syndicats, des médias, des universités, et la liste n'est pas close. En un mot: la politique, les politiques, doivent être enracinées dans la société, faute de quoi elles ne fonctionnent pas.

Je sais que pour vous tous, pour nous tous ici présents, cela semble relever du bon sens. Et pourtant, je crois qu'il n'a jamais été aussi urgent qu'aujourd'hui d'insister sur ce message. La politique et la diplomatie ne sont pas un domaine réservé à des hommes puissants. Et j'insiste sur le mot «hommes», parce que je constate qu'on a tendance à penser que les accords sont conclus par deux hommes puissants assis autour d'une table et qui se serrent la main. Tout d'abord, la plupart des accords en vigueur sont l'œuvre de femmes – mais je vois qu'il n'est pas besoin de prôner l'égalité des sexes dans cette enceinte, bien au contraire –; et surtout, sans les pays, les sociétés, les peuples derrière ces accords, ceux-ci restent lettre morte voire disparaissent complètement.

Ensuite, il ne s'agit pas uniquement de disposer d'une diplomatie participative, pour ainsi dire, dans le monde d'aujourd'hui; c'est également la seule façon de garantir l'efficacité des politiques et de la diplomatie. C'est encore plus vrai aujourd'hui, parce que plus notre monde devient complexe et moins les politiques imposées d'en haut fonctionnent. Il est nécessaire que les acteurs sociaux y participent. C'est ce que nous avions à l'esprit quand nous avons placé la résilience au cœur de notre stratégie globale. Il est vrai que la stratégie globale a été élaborée, approuvée et présentée avant le référendum sur le Brexit – de fait, elle l'a été le lendemain, assortie d'un calendrier approprié –, et que le gouvernement en place aux États-Unis et le contexte mondial étaient alors différents. Mais quand on la lit aujourd'hui, on voit qu'elle contient toujours tous les éléments nécessaires, principalement les références de base – les valeurs, les principes et les intérêts qui sont les nôtres – au cœur de notre action.

Avec la stratégie globale, nous avons avant tout voulu passer d'une approche purement sécuritaire à une approche globale, avec l'introduction de la notion de sécurité durable. Mais nous avons également voulu mettre davantage l'accent sur les sociétés, car c'est souvent l'aspect institutionnel – les gouvernements, les accords interinstitutionnels ou multilatéraux – qui est privilégié, tandis que nous étions convaincus et avons constaté à l'époque que si les choses n'évoluaient pas dans le bon sens, c'est parce que nous n'investissions pas suffisamment dans la résilience de nos sociétés. Il ne peut y avoir de paix durable, de sécurité durable, si les sociétés ne sont pas fortes, si les droits de l'homme ne sont pas respectés, si l'économie n'est pas équitable, si des pans entiers de la population ne peuvent pas participer à la vie publique de leur pays. Une illusion de stabilité et de sécurité peut exister, mais cela ne dure jamais. Tout s'effondre en très peu de temps.

Et, cher Luca, laisse-moi te dire que les priorités que tu as fixées au début de ta présidence sont pleinement conformes à cette approche et à tout ce que nous avons essayé de faire au cours des dernières années: développement durable, paix durable, rôle de la culture dans notre travail et accent permanent mis sur la jeunesse – je dirais que c'est probablement là notre principale préoccupation. Ce sont là tes priorités, ce sont les miennes, et ce sont nos priorités communes. Je parlerai rapidement de ces quatre aspects, puis je laisserai la parole aux intervenants. C'est naturellement avec grand plaisir que je répondrai aux questions, mais je serais également très intéressée d'entendre votre point de vue, vos commentaires, vos suggestions et vos indications sur la manière dont nous pourrions améliorer l'efficacité de notre travail en matière de politique étrangère et de sécurité, côté européen. 

En ce qui concerne, tout d'abord, le développement durable: il est évident pour moi, et pour toutes les personnes présentes ici, que les gouvernements ne peuvent pas œuvrer à eux seuls à la réalisation des objectifs de développement durable si nous voulons vraiment que ces objectifs soient atteints. C'est pourquoi nous avons formulé quelques propositions au cours de ces dernières années – le meilleur exemple en est le plan d'investissement extérieur – avec le travail que nous avons accompli avec la Commission européenne en direction de l'Afrique et de notre voisinage, en tentant d'inciter, d'encourager et d'aider le secteur privé à investir dans les régions les plus fragiles – l'Afrique, en particulier, mais pas uniquement – afin que l'investissement privé puisse contribuer à la croissance durable et à l'inclusion.

La création d'emplois est naturellement toujours quelque chose d'important, y compris en Europe, mais cela ne relève pas de mon portefeuille. Ce qui est toutefois encore plus important – également pour la stabilité et la sécurité de l'Europe – c'est de créer des emplois attractifs et de qualité, certes, mais de le faire également là où on a le plus besoin de ces emplois. Or les zones les plus fragiles, en Afrique en particulier, sont également celles où l'intervention du secteur privé est la plus difficile, pour des raisons de sécurité, institutionnelles et bureaucratiques qui échappent parfois à la volonté du secteur privé. Nous n'avons donc pas seulement créé une garantie – un fonds –, mais avons également mis en place un réseau de soutien destiné à accompagner ces investissements dans les endroits où leur mise en œuvre est la plus difficile, mais également la plus nécessaire.

Depuis peu, nous explorons aussi un nouveau type de partenariat avec des entreprises technologiques, en particulier, dans le cadre d'une initiative que j'ai lancée et qui s'appelle Global Tech Panel. L'un des premiers projets que nous avons mis en place vise à doter tous les jeunes Tunisiens de compétences numériques. Vous savez que la Tunisie a toujours été en première ligne dans tous les mouvements et changements survenus autour de la Méditerranée. Nous nous sommes dit qu'en associant le secteur public et le secteur privé, la Tunisie, avec sa population importante de jeunes bien formés, pourrait peut-être devenir un laboratoire d'exploration du potentiel numérique dans le domaine de la création d'emplois et du développement économique. De toute évidence, cet objectif est trop ambitieux pour que les gouvernements puissent s'y atteler seuls; mais les entreprises privées ne peuvent pas plus y parvenir sans le soutien du secteur public. Nous réunissons donc des acteurs privés et publics, tant locaux qu'internationaux, provenant de Méditerranée mais également du monde entier, pour tenter d'œuvrer à la réalisation de cet objectif.

Les syndicats et les organisations de la société civile sont clairement des partenaires essentiels pour ce genre de travail. Lorsque les travailleurs sont victimes de discriminations, ne reçoivent pas un salaire égal à travail, ne peuvent pas vivre dans des conditions décentes, on ne saurait qualifier cela de développement durable. Et ce n'est pas ainsi que nous parviendrons à une société résiliente. Et quand l'économie n'est pas équitable, elle n'est pas non plus efficace. C'est pourquoi nous essayons de placer les droits sociaux et économiques au centre de notre action, y compris de notre politique étrangère.

Nous avons récemment, au cours de la semaine ministérielle de l'Assemblée générale des Nations unies, lancé une campagne intitulée «Good Human Rights Stories», qui présente des bonnes pratiques dans le domaine des droits de l'homme. Vous savez que l'Union européenne est sans doute restée – non pas le dernier, mais peu s'en faut – acteur majeur lorsqu'il s'agit de défendre les droits de l'homme en politique étrangère. Nous ne cesserons jamais d'axer et de baser notre politique étrangère sur les droits de l'homme. Mais nous voulons également mettre en exergue les bons résultats que le travail dans ce domaine produit dans les sociétés. Et nous avons mis en lumière plusieurs cas où, grâce à notre travail avec la société civile, nous avons obtenu un changement réel dans la vie de nombreux travailleurs, ce qui est, si l'on veut, une façon différente de voir la politique étrangère.

Le deuxième aspect que j'aimerais aborder est celui de la paix durable. Il est naturellement superflu que j'explique à un public comme vous qu'il existe un lien étroit entre le développement durable et une sécurité durable. Nous considérons que les deux vont ensemble, et c'est ce que j'appellerais la méthode européenne pour parvenir à la paix et à la sécurité: assurer leur caractère durable au quotidien. Là encore, seule une action commune est possible. Pour une paix durable, il faut des emplois de qualité et des perspectives satisfaisantes.

Je sais que le lien n'est pas évident dans l'esprit de tout le monde, mais j'aimerais vous parler d'un exemple qui souligne l'interconnexion de ces deux volets dans notre travail quotidien: il s'agit de l'action que nous menons en Colombie pour soutenir la mise en œuvre de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC. Nous y travaillons avec la société civile et aussi avec le secteur privé, afin que les ex-combattants puissent apprendre un métier; d'autres retournent à l'école, car beaucoup d'entre eux sont des enfants et ont besoin de parfaire, parfois même de commencer, leur éducation. Avoir un accord de paix n'est pas suffisant; il ne suffit pas de convaincre les combattants de déposer les armes. Encore faut-il leur offrir une chance réelle de changer de vie, de faire partie de la société, de participer à la vie politique du pays, à l'économie du pays. C'est le genre de travail qui ne fait normalement pas partie de l'approche traditionnelle du travail pour la paix et de la politique étrangère; mais il fait partie intégrante de la réussite de tout accord. Et j'y vois pour nous de nombreuses possibilités de travailler ensemble, non seulement dans ce cadre-ci, mais également avec vos partenaires dans le reste du monde.

Il en va de même plus près d'ici, en Afrique, pour les ex-miliciens mais également pour les anciens passeurs qui doivent maintenant changer de vie. Je crois que nous devons nous poser la question suivante: comment pouvons-nous proposer des solutions de substitution à une économie basée sur la traite des êtres humains?  Comment pouvons-nous offrir des emplois et des opportunités à des communautés qui, au cours de ces dernières années, ont vécu de la traite des êtres humains et de l'exploitation du désespoir?

Troisième aspect: la culture. Il s'agit d'un aspect pour lequel nous avons dû nous battre. La première réaction de beaucoup de personnes a été de dire qu'en politique étrangère, la culture, ce sont les cocktails dans les ambassades, les expositions, la mode, la musique, les concerts de piano; alors de quoi parle-t-on? Je crois qu'il est, tout d'abord, incontestable que la culture représente une partie très importante de notre pouvoir d'influence; si vous songez à la manière dont la guerre froide a pris fin, vous réaliserez probablement que le pouvoir d'influence a eu plus d'importance que le pouvoir pur et dur. Et il se peut que les films, les jeans et le Coca-Cola aient joué un rôle significatif dans l'état d'esprit et les aspirations des gens. Notre culture fait partie de notre ADN, elle fait partie de la gamme de nos instruments en termes de pouvoir d'influence, et c'est également une composante – et une composante très importante – de nos économies.

Nous avons dû nous battre pour inclure la culture comme un élément fondamental au cœur de notre politique étrangère. Aujourd'hui, cette vision est déjà à l'œuvre. Je peux vous en fournir deux bons exemples: l'Irak et le Mali, où nous restaurons aujourd'hui l'héritage culturel détruit par les terroristes. En Irak, en particulier, nous avons lancé il y a moins d'un an une mission de l'Union européenne visant à soutenir les autorités irakiennes dans leur réforme du secteur de la sécurité, et pour la toute première fois, une mission civile de l'Union européenne inclut un expert de la protection du patrimoine culturel, de sorte que nous pouvons aider les autorités à protéger et à restaurer l'héritage culturel du pays.

Pourquoi est-ce si important? Tout d'abord dans un but de réconciliation. Lorsque des terroristes détruisent des parties du patrimoine culturel, soit ils signifient à un groupe, qu'il soit ethnique ou religieux, «vous n'avez rien à faire ici, votre place n'est pas ici, ceci n'est pas votre pays», soit ils lui dénient des parties de son histoire. Restaurer le patrimoine culturel participe donc, je dirais, de l'idée que tout le monde est à sa place dans ce lieu, dans cette société, dans cette histoire. C'est une façon de panser les plaies. Mais c'est aussi un outil économique très puissant, car si l'on songe encore fois au Mali – même s'il est certain qu'il existe toujours des problèmes de sécurité qu'il faut prendre en compte, et nous le faisons aussi – le potentiel, sur le plan du tourisme et de l'économie culturelle, des pays disposant d'un héritage culturel immense ne saurait être sous-estimé. Ce n'est donc pas seulement une façon de rétablir un sentiment d'appartenance commun, partagé par tous et chacun, mais aussi une manière de contribuer à l'économie locale et de ramener le tourisme dans des endroits qui ont été en proie à un conflit. À cet égard, je considère que le partenariat avec les ONG – les ONG culturelles – et le monde universitaire est décisif pour la mise en œuvre de cette approche.

Dernier point mais non le moindre – je dirais même c'est en fait l'aspect premier – nous visons principalement la jeunesse. Aujourd'hui, environ deux milliards de personnes dans le monde sont âgées de 10 à 24 ans, ce qui est davantage qu'à n'importe quel autre moment de l'histoire. Nous adoptons en général une attitude très paternaliste en affirmant que les jeunes sont notre futur et qu'ils doivent s'exprimer parce que nous devons tenir compte de leur point de vue sur l'avenir si nous voulons construire des lendemains meilleurs. Je pense, quant à moi, que nous devons les associer au processus décisionnel dès aujourd'hui, parce que si un nombre aussi important de personnes va à l'échec, il est impossible que nous réussissions. C'est une question de pourcentages; c'est une question de chiffres. Si nous voulons vivre dans un monde qui fonctionne bien aujourd'hui, et non remettre cela à demain, nous devons faire en sorte que nos jeunes du monde entier aient accès à l'emploi, à l'éducation, à la prise de décision. Nous devons être à l'écoute de leurs solutions et pas uniquement de leurs problèmes, parce qu'ils ont la plupart du temps aussi des idées sur la manière de résoudre les difficultés qu'ils constatent dans leurs vies; nous devons leur offrir un espace de participation, travailler avec eux, leur ouvrir des espaces.

Pour moi, il ne s'agit pas d'une politique de plus parmi d'autres. Cette question se trouve réellement au centre de la politique mondiale, parce que je suis convaincue qu'aucune politique ne peut réussir si elle ne se tourne pas vers les jeunes pour se mettre à leur service – ce qui signifie, comme je l'ai dit, avant tout leur donner accès au processus décisionnel et leur offrir des opportunités. Le mois dernier, nous avons annoncé une nouvelle initiative qui permettra à plus de 100 000 étudiants africains de bénéficier de notre programme Erasmus au cours des dix prochaines années et à plus de 750 000 jeunes Africains de recevoir une formation professionnelle d'ici 2020. Je pense qu'il s'agit là de mesures qui vont modifier les tendances, y compris dans le domaine des migrations, de manière significative et très concrète, parce qu'à mon avis, l'éducation n'est pas seulement un droit humain fondamental, mais constitue aussi clairement un investissement dans notre propre intérêt. Ce n'est qu'en investissant dans le dynamisme de l'Afrique et dans sa jeunesse que nous pourrons également disposer d'un environnement plus stable et plus sûr ici.

Et permettez-moi de conclure avec ceci: on observe une tendance croissante – en Europe, dans le monde et à tous les niveaux – à considérer qu'il est possible de défendre ses intérêts nationaux en les opposant à d'autres intérêts nationaux. Je pense personnellement que c'est uniquement grâce à la coopération, en particulier la coopération internationale ou la coopération européenne pour ce qui est de l'Europe, qu'on est le mieux à même de servir ses intérêts nationaux. En Europe, cela fait maintenant plusieurs décennies que nous agissons selon ce principe. Et cela a fonctionné – naturellement avec beaucoup de limites, mais je peux vous assurer que si vous regardez l'Europe à travers les yeux de nos partenaires dans le monde, vous la verrez différemment. Vous verrez que nous avons certes beaucoup de problèmes – et personne n'est mieux placé que vous pour connaître en particulier les problèmes économiques et sociaux auxquels l'Europe a été et demeure confrontée; mais vus du reste du monde, nous sommes un havre de développement économique, de respect des droits de l'homme, de participation et de démocratie, défenseur d'une approche multilatérale.

Par conséquent, malgré toutes nos limites, les choses ne vont mieux ailleurs – bien au contraire. Nous devrions donc peut-être nous sentir un peu plus fiers de la manière dont nous réussissons à défendre nos intérêts nationaux à travers une approche coopérative au sein de l'Europe. Je pense que c'est la seule voie possible. C'est également vrai en ce qui concerne le développement durable: il ne s'agit pas de faire l'aumône mais de défendre nos propres intérêts; c'est un investissement dans notre intérêt. Je sais qu'il ne peut s'agir que d'un travail d'équipe. Et je sais que vous êtes un élément essentiel de cette équipe, probablement l'élément le plus essentiel étant donné que vous touchez et représentez les plans les plus larges de nos sociétés. Je vous remercie donc non seulement pour l'invitation, mais aussi de me donner la possibilité d'échanger avec vous aujourd'hui. J'attache une grande importance à ce dialogue et à la coopération qui nous lie. Luca, encore merci, non seulement pour l'occasion qui m'est offerte aujourd'hui, mais aussi, et avant tout, pour le travail que tu accomplis tous les jours sur le terrain, et qui permet à nos sociétés de progresser d'une façon qui ne serait sinon pas possible.

Merci.

Lien vers la vidéo: https://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?&ref=I161900&sitelang=fr

Catégorie
HR/VP speeches
Location

Bruxelles

Topics
Relations économiques, connectivité et innovation
Editorial sections
EEAS
Relations économiques, connectivité et innovation