Intervention de la haute représentante et vice-présidente, Mme Federica Mogherini, lors de la conférence de presse commune donnée avec M. Imad Fakhoury, ministre jordanien du plan et de la coopération internationale, après la réunion ministérielle informe
SEUL LE TEXTE PRONONCÉ FAIT FOI
Nous avons eu une séance de travail très importante, co-organisée par nos amis jordaniens, sur la question des réfugiés syriens. Nous nous sommes penchés non seulement sur la question de l'aide humanitaire, qui était bien évidemment l'objet central de notre réunion, mais aussi sur le volet politique et le volet sécurité de la crise syrienne.
Comme vous le savez, le problème des réfugiés syriens est avant tout un problème pour la région, et nous avons tous salué le travail incroyable, important et remarquable qu'accomplit la Jordanie en accueillant un aussi grand nombre de réfugiés avec les autres pays de la région, en particulier le Liban et la Turquie. Nous sommes également convenus de la nécessité de concentrer tous nos efforts sur le soutien à apporter à ce processus, en ce qui concerne non seulement le travail effectué dans les camps mais aussi l'aide fournie aux communautés d'accueil. Les communautés locales accueillent des millions de personnes dans des conditions difficiles pour ce qui est des services, des soins de santé et de l'éducation, ainsi que sur le plan social. Nous nous sommes par ailleurs intéressés de près au fait que la prise en charge du volet humanitaire de la crise ne traite que les symptômes. Parallèlement, nous devons aussi nous attaquer aux causes, à savoir la guerre en Syrie. Il convient à cette fin de mettre en œuvre, d'une part, le volet sécurité - la lutte contre Daech - et d'autre part, le volet politique, comme les efforts diplomatiques intenses déployés actuellement - comme vous le savez - cette semaine à New York en vue de mettre en route la transition politique ou, comme le disent certains, les changements à apporter dans la vie démocratique de la Syrie.
Je pense qu'autour de ce concept de mise en route d'un processus politique intégrant tous les Syriens qui refusent le terrorisme et qui veulent lutter et unir leurs forces contre le terrorisme, il pourrait y avoir un espace politique pour de nouvelles initiatives dans les prochaines semaines. Il y a, au cours de cette semaine de l'Assemblée générale, des discussions qui peuvent amener les différentes parties autour de la table, en Syrie, autour de la Syrie avec les acteurs régionaux et la communauté internationale, à commencer par les principaux acteurs ici aux Nations unies.
Ce n'était pas le thème central de notre réunion - à laquelle ont pris part, en nombre, non seulement des amis européens mais aussi des ministres des pays arabes et du monde entier, des ministres des affaires étrangères ou de hauts fonctionnaires - ce qui montre que la communauté internationale dans son ensemble est concernée.
Permettez-moi de vous dire, pour terminer, que nous avons parfois l'impression - que j'ai personnellement l'impression - de prendre aujourd'hui conscience de la situation, parce que la crise des réfugiés est plus visible aujourd'hui à nos yeux d'Occidentaux, alors que nos amis dans la région y sont confrontés depuis quatre ans déjà. Je me suis moi-même rendue dans les camps en Jordanie, non pas aujourd'hui ni la semaine dernière mais au mois de décembre. Je pense que nous devons rester attentifs et que nous devons mettre à profit ce nouveau sens de l'urgence qui est en train de se développer en Europe en particulier, mais aussi dans le reste du monde, pour aller plus loin dans le domaine humanitaire: donner plus d'argent aux agences, à commencer par le HCR, mais aussi au Programme alimentaire mondial, qui font un excellent travail, et pas seulement dans les camps. Nous devons en même temps tout mettre en œuvre pour faire des progrès sur le volet politique et le volet sécurité. Et donc en faire toujours plus dans le domaine humanitaire. Nous devons également étudier des possibilités d'ouvrir des passages sûrs pour acheminer l'aide humanitaire à l'intérieur de la Syrie. Il faut renforcer notre action dans le domaine humanitaire et faire encore davantage sur le volet politique et le volet sécurité, en conjuguant mieux nos efforts.
Je vous remercie de votre attention.
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Q: Sur EUNAVFOR MED/Sophia et le financement des camps de réfugiés
La proposition de financer les camps, mais aussi et surtout de financer la résilience des pays d'accueil et des communautés d'accueil d'une part, et l'action des agences d'autre part, a fait l'objet d'une décision du Conseil européen extraordinaire la semaine dernière - il y a exactement une semaine, mercredi dernier; cette décision consiste à augmenter le niveau de soutien financier, à la fois directement en faveur des pays - nous avons pour ce faire un fonds d'affectation spéciale [le fonds d'affectation spéciale pour la Syrie] - et dans le cadre du financement que nous fournissons aux agences. Permettez-moi de dire que l'Union européenne est le plus gros donateur, non seulement dans la région mais aussi dans le monde entier. Vous entendez souvent dire ici, et le président Obama l'a également dit dans son discours, que les États-Unis sont le premier donateur individuel. Si vous vous demandez pourquoi il ajoute le terme "individuel", c'est parce que l'Union européenne est le premier donateur à titre collectif. L'UE et ses États membres ont investi à ce jour près de 10 milliards d'euros dans la crise syrienne et dans la crise des réfugiés syriens, ce qui signifie que, de toute évidence, nous pouvons faire davantage, et c'est ce que nous faisons. Nous avons décidé de faire davantage mais les sommes que nous consacrons à la gestion de cette crise et au soutien de nos partenaires et de nos amis dans la région sont déjà énormes; je dirais même colossales. Il s'agit d'un investissement. J'estime aussi que c'est notre devoir: sur le plan moral, politique et régional. Parce que cette région est à nous tous.
En ce qui concerne l'opération EUNAVFOR MED, nous avons simplement décidé de la rebaptiser "Sophia", d'après le nom du bébé qui est né à bord de l'un des navires de l'opération qui portent secours aux personnes, parmi lesquelles une femme a donné naissance à ce bébé.
Nous avons tout le soutien de nos États membres [pour cette opération]. Nous avons réussi à lancer l'opération et même à décider de passer à la deuxième phase en un temps record. La majorité des États membres contribuent à l'opération. Je me suis rendue au quartier général la semaine dernière, juste avant de venir à New York, et je suis très heureuse de voir que cette opération reçoit tout le soutien voulu des États membres. Je tiens à souligner, car nous sommes ici aux Nations unies, où j'ai pour la première fois présenté le plan au Conseil de sécurité et aux membres du Conseil de sécurité, qu'il s'agit d'une opération qui vise les passeurs et les trafiquants d'êtres humains, les réseaux criminels. Ainsi, pendant les premières semaines, nous avons collecté des informations et des renseignements sur leur mode opératoire. Et maintenant, nous allons passer à la deuxième phase, qui se déroule en haute mer, dans le plein respect du droit international, et nous aurons la possibilité de saisir les navires et les embarcations et de traduire en justice les passeurs présumés. De sorte que les organisations criminelles auront plus de difficultés à tirer bénéfice du trafic d'êtres humains. Et nous agirons dans le plein respect du droit international en haute mer. J'ai eu l'occasion d'aborder ce sujet aujourd'hui avec certains de nos collègues, en particulier avec le ministre russe des affaires étrangères, M. Lavrov, qui partage le point de vue selon lequel il s'agit d'une contribution à la lutte contre les organisations criminelles et à la lutte contre le financement d'autres types d'organisations criminelles, telles que les organisations terroristes, qui sévissent dans la région.
Q: Sur la Syrie et un éventuel espace politique pour de nouvelles initiatives
Je ne peux pas entrer davantage dans le détail mais je pense qu'au cours de cette semaine de réunions ministérielles, nous avons entendu de la part des différents acteurs des points de vue qui sont différents mais qui constituent ou peuvent aboutir à une base commune. Dans les discours officiels, dans les réunions bilatérales, dans les réunions multilatérales qui se sont succédé tout au long de la semaine. Et je suis convaincue que cela peut aboutir - dans les semaines qui viennent - à un renforcement des efforts déployés par les Nations unies, dans le cadre des Nations unies, pour voir se mettre en place une dynamique différente pour les négociations politiques en faveur de la transition. Encore une fois, certains ont employé des mots très différents, mais je pense qu'il existe une base d'entente possible pour un effort diplomatique commun qui permette de mettre un terme à la guerre.
Vidéo:
http://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I109339