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Intervention de la haute représentante, Mme Federica Mogherini, au quartier général de l'opération EUNAVFOR MED, à Rome, le 24 septembre 2015

25.09.2015
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Je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui. Me rendre au quartier général de cette opération, que nous avons lancée au printemps et à l'été derniers en un temps record, était pour moi une priorité absolue. Au printemps, nous avons entamé, dans le cadre de la gestion des flux migratoires et de la crise des réfugiés, les travaux portant sur une réaction européenne commune pour lutter contre les passeurs et les trafiquants de personnes. Cette démarche fait partie intégrante d'une stratégie beaucoup plus large, qui est au cœur de l'action que nous menons au niveau européen. La Commission européenne, aux côtés de l'ensemble des institutions européennes, travaille inlassablement sur cette réponse européenne. En effet, un Conseil européen a eu lieu pas plus tard que la nuit dernière. Cette opération navale est un élément très important du puzzle et de la solution que nous proposons pour relever ce défi, qui ne se limite pas aux frontières de l'Europe, mais constitue - pour l'essentiel, d'ailleurs - un défi régional et mondial.

Dès le tout début, la lutte contre les réseaux de passeurs et de trafiquants a constitué une composante essentielle de cette [stratégie]. Tout d'abord pour sauver et protéger des vies. Il fallait que les personnes risquant de disparaître en Méditerranée bénéficient d'une protection qui soit immédiate, dans le cadre de nos opérations de recherche et sauvetage, mais aussi à la source. L'opération a été créé le 18 mai, lancée le 22 juin - soit moins d'un mois plus tard - et a atteint sa pleine capacité opérationnelle le 27 juillet. Du 27 juillet jusqu'à ce jour, nous avons donc sauvé, dans le cadre de cette seule opération, 2 186 personnes, dont 472 femmes, 114 enfants et 4 bébés. Vous vous souvenez sans doute qu'un de ces enfants est né en fait sur un des navires participant à l'opération, et a été baptisé du nom de ce navire, Sophia. Je vais proposer aux États membres de changer le nom de notre opération: au lieu de l'appeler EUNAVFOR MED, nous la désignerons par ce nom même, Sophia. Pour honorer la vie des personnes que nous sauvons, la vie des personnes que nous voulons protéger, et faire passer un message au monde entier: la lutte contre les trafiquants et les réseaux criminels est un moyen de protéger la vie humaine.

Permettez-moi de vous citer quelques chiffres: 22 États membres participent à l'opération, à savoir l'Italie, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Allemagne, le Luxembourg, l'Estonie, la Finlande, la France, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la République tchèque, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie et la Suède. 1 318 personnes travaillent pour l'opération, et 4 navires sont déployés en ce moment. À la suite des actions que nous avons menées, 15 passeurs et trafiquants présumés ont été arrêtés par les autorités italiennes et autant d'embarcations ont été saisies. En outre, il y a eu 20 cas où des passeurs et des trafiquants présumés ont été observés en haute mer. Ces actions ont été menées le long de la route de la Méditerranée centrale, une voie qui est aujourd'hui reléguée au second plan en raison du nombre considérable de réfugiés et de migrants arrivant par la route de la Méditerranée orientale et des Balkans occidentaux. Elle reste toutefois une route importante, qui est de surcroît la plus mortelle, puisque 2,2 % de personnes y perdent la vie, contre 0,06 % pour l'autre voie. Cela signifie que l'opération que nous menons en mer vise également à réduire le nombre de morts et à empêcher l'une des traversées les plus dangereuses que les migrants puissent entreprendre.

Cette année, sur les 121 725 personnes ayant entrepris la traversée, 2 620 ont péri à ce jour. La composition des flux est mixte: nous sommes enclins à penser que les personnes qui empruntent cette voie sont essentiellement des migrants économiques. Et, bien que ce soit le cas, nous avons également un nombre important d'Érythréens et de Syriens, ce qui signifie que les flux sont vraiment très mixtes: des migrants, mais aussi des demandeurs d'asile.

Avec le commandant d'opération[, le vice-amiral Credendino], nous avons décidé d'organiser cette visite aujourd'hui parce que j'ai estimé qu'il était important de montrer que ce volet de notre stratégie est opérationnel et qu'il produit des résultats; de montrer aussi que c'est un domaine dans lequel l'Europe est unie, non seulement en ce qui concerne le processus de décision, mais aussi sur le plan opérationnel. J'ai évoqué la volonté manifestée par les pays qui y contribuent, l'unanimité totale sur la nécessité de poursuivre cette opération, ainsi que le souhait exprimé par des États membres d'y contribuer. Parce que nous sommes maintenant entrés dans une phase qui est cruciale: comme nous l'avons déjà annoncé, nous avons atteint les objectifs de la première phase, à savoir la collecte et le partage d'informations, et nous sommes prêts à entamer la deuxième phase, en haute mer. Les règles d'engagement approuvées hier par le Comité militaire de l'UE devront être approuvées par le Comité politique et de sécurité lundi. Et nous serons prêts à être pleinement opérationnels en ce qui concerne la deuxième phase, en haute mer, d'ici le 7 octobre, en attendant l'approbation du Comité politique et de sécurité lundi. Nous avons donc estimé qu'il serait utile pour moi d'être informée par les hommes et les femmes qui travaillent sur les données que nous avons recueillies dans le cadre de nos activités de renseignement et de partage d'informations. Maintenant que nous disposons d'un tableau complet de la manière dont les filières et les réseaux de passeurs opèrent, ainsi que du moment et du lieu où ils le font, nous sommes prêts à les démanteler effectivement. Au cours de la deuxième phase, en haute mer, nous serons en mesure de procéder à l'arraisonnement, à la fouille et à la saisie de navires et d'embarcations dans les eaux internationales; les passeurs et trafiquants présumés seront transférés aux autorités judiciaires italiennes. Je saisis également l'occasion pour remercier publiquement le commandant d'opération, le vice-amiral Credendino, pour l'excellent travail accompli jusqu'à présent, ainsi que tous les membres du personnel qui ont travaillé ici. Je vais m'arrêter ici et suis prête à répondre à vos questions.

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